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Au XVe siècle, on montre enfin la mort en face

Au XVe siècle, on montre enfin la mort en face

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Les Éditions Allia nous proposent une sorte d’incunable (livre très rare…) L’étude que le philosophe Alberto Tenenti (1924-2002) a fait il y a quelques décennies sur la représentation de la mort au XVe siècle !

Les Triomphes de Pétrarque (détail, 1502)
(c) Les Triomphes de Pétrarque (détail, 1502)

Il a donc fallu à notre civilisation occidentale, sous domination des rois et de l’Église chrétienne, quinze siècles pour que soit acceptée l’idée de montrer cadavres, mourants et squelettes afin de parfaire notre éducation morale.

Après l’Enfer, dont l’Église nous menaçait, avec flammes, monstres et diables, il manquait l’étape décisive pour passer de la vie terrestre à d’autres festivités : le décès, le passage de vie à trépas, que l’Occident chrétien hésitait à montrer, ne sachant trop quoi en dire…

Ars Moriendi

Avec la naissance de l’imprimerie au milieu du XVe siècle (le premier livre imprimé, évidemment, c’est La Bible), les livres et gravures se multiplient et, après les « Bibles du pauvre » avec anges et démons, voici donc l’« Ars Moriendi » (ou art de mourir), avec recommandations morales, mais surtout les multiples images de la mort en majesté…

Cette apparition de squelettes plus ou moins décharnés, plus ou moins habillés, avec chars, trônes, chevaux, montures, va s’appeler le « triomphe de la mort », une véritable mode, un goût immodéré pour ces « têtes de mort », venant narguer les vivants, leur rappeler leur sort.

En ce temps, la mort envoyait des javelots et autres lancettes, pour nous occire, et accessoirement un coup de faux pour dégager la tête.

La vie et la mort

La variété de gravures, peintures, enluminures pour glorifier le squelette a été comme un coup de tonnerre, un tabou est tombé, et un mythe est né : les squelettes comme base de l’humain, sorte de coquillages vides, destinés à nous survivre…et à nous narguer ?

Cette réédition propose des dizaines de gravures (en noir et blanc), avec toute une gamme d’idées assez folles pour la mise en scène et la théâtralité de cadavres, devenus des acteurs à part entière de la peinture.

Une réévaluation du temps et de l’humain ?

La vie et la mort à travers l’art du XVeme siècle. Albert Tenenti. Éditions Allia. 128 pages illustrées. 13 euros

Visuel en Une : Le Triomphe de la mort, vers 1446