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Barry Miles, l’omniscient ?

Barry Miles, l’omniscient ?

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Barry Miles passe sur Nova tous les dix ans, et à chaque fois il nous stupéfie par ses connaissances et la quantité de choses auxquelles il a participé…Il est le plus grand archiviste de la contre-culture.

Le plus grand archiviste de la contre-culture

Après son gros livre sur les seventies, le voici qui remonte à Londres dans les sixties, lorsqu’il est l’intime des Beatles, de Marianne Faithfull et de John Dunbar ou de William Burroughs, fraîchement débarqué…

Il participe à I.T. le super journal underground « International Times » avec Jim Haynes et lance la librairie-galerie Indica, avec Paul McCartney, et les frère et sœur Asher. 

Miles a déjà beaucoup fait entre 1959 et 1961 pour les librairies parallèles à Londres (Better Books), le pacifisme, les squatters, les concerts et tous les évènements culturels, allant du pacifisme au Pop Art, inventé et lancé par les anglais (avant d’être exploité aux US) !

Les récits de Miles sont toujours précis, chaque anecdote est une information et les personnages qui l’entourent sont déterminants : archiviste et conseiller des Beatles et de tout leur entourage, comme il le deviendra aussi pour Allen Ginsberg et William Burroughs !!!

Bref, il est au cœur de la contre-culture, va rencontrer TOUS les personnages de cette saga, des gauchistes aux psychédéliques : poètes, écrivains, musiciens, groupies, escrocs, dealers, roadies, vraiment toute la faune underground, pendant une trentaine d’années.

 

Beatles, Bukowski, Captain Beefheart...

Les Beatles lui confient un label : ZAPPLE (filiale de leur label Apple) censé enregistrer des disques parlés, des plus célèbres auteurs Beat, Folk, Free…Jusqu’à Bukowski ou Captain Beefheart aux États-Unis.

On navigue entre les Pieds Nickelés et Henri Miller : mini aventures, flics, désastres et échecs, passage de fous dangereux, mais aussi l’immense vague de Free Press , de musique, de libération, d’Art expérimental, de concerts et de manifestations, déclenchant succès ou répression.

Car les années soixante, ultime rebord de la frustration, accumulée depuis l’après-guerre (malgré le Folk, le Rock ou ….) ont été violentes et répressives : guerre de générations, mais aussi transition idéologique abyssale. Ceux qui veulent tout et ceux qui n’accordent rien.

Barry Miles nous ballade partout, des squatters londoniens aux ranches californiens, participant à tout, du militant Beatnick pauvre, à l’attaché de presse des stars du Rock, assistant à des succès spectaculaires, comme à des échecs retentissants.

sixties

Sa discrétion britannique se fissure régulièrement (Marijuana !) pour glisser discrètement des histoires et détails révélateurs sur toute cette génération pop, psychédélique (il prennent de l’acide sans arrêt !!!)

Brian Jones fut le vrai inventeur génial des Stones, il confirme, mais Jagger était il vulgaire ? Zappa a-t-il pillé et arnaqué Don Van Vliet, l’immense Captain Beefheart ? John Lennon l’emmerdeur a-t-il été vampirisé par le robot Yoko Ono ? L’Art est il devenu ridicule ?

Symétrie inverse de notre époque

Le Pape de l’acide Timothy Leary n’était-il jamais redescendu ? Allen Ginsberg fut-il scotché hippy, summer of love, happening et harmonium ? William Burroughs avait il viré Anarco-Fasciste ? Tout le monde couchait-il avec tout le monde ?

Demandez à Barry Miles, il a vécu toute la contre-culture de l’intérieur, et assisté à des évènements à peine croyables aujourd’hui. Une sorte de symétrique, inverse de notre époque…

C’est fou, mais éclairant sur la nature humaine, même celle des icônes, une fois qu’on a laissé tomber les paillettes.

In the sixties. Aventures dans la contre-culture, par Barry Miles. Éditions du Castor Astral. 250 pages. 24 euros. Du même auteur : Paul McCartney chez Flammarion, et In the seventies, également au Castor Astral. Voir article sur ce site).

Visuel : (c) Le Castor Astral