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En canoë-kayak, un athlète dopé à l'insu de son plein-gré...

En canoë-kayak, un athlète dopé à l'insu de son plein-gré...

La chronique hebdo de Thomas Zribi, dans Plus Près De Toi.

Par Bastien Stisi

Dans Plus Près De Toi, Thomas Zribi fait sa chronique hebdomadaire. Et la consacre aujourd'hui au canoë-kayak et à l’athlète japonais Seiji Komatsu dopé à son insu par un rival, Yasuhiro Sukuzi, désireux de prendre sa place...

Aujourd’hui je voudrais vous parler d’une affaire qui vient de sortir dans la
presse japonaise.

Ça s’est passé en septembre dernier, lors d’une course nationale de canoë-
kayak dans la région d’Ishikawa. Il y a là toute l’élite du canoë-kayak japonais, dont le jeune Seiji Komatsu, 25 ans. Un grand espoir de la discipline. Il y a aussi Yasuhiro Suzuki. Lui est un peu plus vieux, 32 ans, et bien moins brillant. Comme prévu, c’est le plus jeune, Seiji Komatsu, qui l’emporte. Mais le contrôle anti dopage révèle qu’il a avalé un stéroïde anabolisant. Sa victoire est annulée et il est suspendu.

Cette semaine, après plusieurs mois d’enquête, l’agence anti dopage
japonaise a révélé que c’est son rival Yasuhiro Sukuzi, le kayakiste de 32
ans, qui avait versé dans sa bouteille le produit dopant dans le but de le
faire exclure. Il a avoué qu’il avait peur de ne pas se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, et qu’il n’avait trouvé que ce moyen pour passer devant son rival.

Alors attention, ce qu’a fait Yasuhiro Suzuki c’est mal, il faut bien le dire.
Mais tout de même il a inventé une nouvelle manière de tricher. Cela m’a donné envie de rappeler ce matin les grands noms de l’histoire de
la triche dans le sport. Voici le classement des 3 meilleurs tricheurs, selon moi.

NUMÉRO 3 : ROSIE RUIZ

Rosie Ruiz est une coureuse américaine. En 1980, à l’âge de 27 ans, elle franchit la ligne d’arrivée du marathon de Boston loin devant tout le monde, en 2 heures et 31 minutes, 3 ème meilleur temps de l’histoire.

On se rend compte assez rapidement qu’elle a passé la plus grande partie de
la course dans sa chambre d’hôtel située juste à côté du parcours, avant de
s’asperger d’eau, de prendre un air épuisé, et de se faufiler devant ses
concurrentes à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Une enquête est menée, et on réalise que déjà au marathon de New York, quelques mois plus tôt, elle avait pris le métro pour aller plus vite. C’est depuis cette histoire qu’il y a des points de contrôle tout le long des parcours dans toutes les courses.

Quant à Rosie Ruiz, quelques années plus tard, elle est tombée pour une
autre affaire, une affaire de trafic de drogue.

NUMÉRO 2 : JEAN ROBIC


Jean Robic était un cycliste renommé de l’après-guerre, vainqueur, entre
autres, du Tour de France 1947. Mais Jean Robic avait un défaut, celui qui plombe souvent les grimpeurs dans les grands tours : il était petit et maigre. 1M61 pour 60 kilos. On le surnommait d’ailleurs Biquet.

Et quand on est léger, dans le vélo, on descend mois vite. Lors du Tour de France 1953, Jean Robic et son directeur sportif ont une idée : le lester pendant la grande descente qui suit le col du Tourmalet. Ils se rendent, en secret, chez un constructeur de chauffage central la veille de l’étape, et se font fabriquer un bidon en plomb qui pèse 10 kilos. Les deux hommes se mettent d’accord : dès que Biquet atteindra le sommet du col, son directeur sportif lui passera discrètement le bidon pour la descente, puis il le récupèrera tout en bas.

Évidemment rien ne se passe comme prévu. Le bidon en plomb
déséquilibre Biquet qui tombe dans la descente. Il se relève quand même, et
remporte héroiquement l’étape. L’affaire du bidon n’est révélée qu’après la fin du Tour, et depuis, il est strictement interdit de lester son vélo dans les courses cyclistes.

NUMÉRO 1 : L’ÉQUIPE DE BASKET HANDISPORT ESPAGNOLE

Ça se passe aux Jeux Paralympiques de Sidney en 2000, lors de la
compétition de basket pour les déficients mentaux. L’Espagne l’emporte largement, mais quelques mois plus tard, un journaliste révèle qu’il a infiltré l’équipe en se faisant passer pour un handicapé mental, qu’on ne lui a fait passer aucun test, et que 10 des 12 joueurs sélectionnés sont comme lui : ils ne souffrent d’aucun handicap. Il accuse l’entraineur et la Fédération d’être complices. Vous imaginez le scandale en Espagne.

Dix-neuf responsables sont mis en examen. Le président de la fédération est
finalement condamné à verser une amende de 150 000 euros. Cela a aussi un impact dans le handisport. Aux jeux paralympiques suivants, les épreuves pour athlètes handicapés mentaux seront tout simplement annulées. On ne les retrouvera que 8 ans plus tard. Dans ces trois affaires, la triche a été poussée tellement loin qu’elle a changé les règles de la discipline.

Dans le cas de notre kayakiste qui a dopé volontairement son adversaire, ce
n’est pas le cas. Seul lui a été condamné à 8 ans de suspension. Il reste donc, et j’en suis désolé pour lui, derrière les autres, au classement des plus grands tricheurs de l’histoire.