Aller au contenu principal
Marie-Amélie Le Fur, championne méconnue de l'athlétisme français

Marie-Amélie Le Fur, championne méconnue de l'athlétisme français

Son nom de vous dit probablement rien, pourtant c’est l’une des plus grandes athlètes françaises actuellement.

Par Barnabé Binctin

Chaque semaine dans Pour Que Tu Rêves Encore, Barnabé Binctin fait sa Chronique Sport.

L’actualité sportive du jour, c’est évidemment le huitième de finale de Ligue des Champions entre Manchester United et le PSG, mais c’est aussi le meeting féminin du Val-d’Oise, qui se tient ce soir, à Eaubonne et surtout sa marraine, Marie-Amélie Le Fur, dont vous ignorez probablement tout malgré l’un des plus beaux palmarès du sport français.

Un meeting d’athlétisme un peu particulier, lancé en 2012 et qui reste le seul en France à être exclusivement réservé aux femmes. C’est également l’une des dernières répétitions avant les championnats d’Europe d’athlétisme en salle, qui se tiendront dans deux semaines, à Glasgow. On attend du beau monde sur la piste indoor ce soir, pour s’affronter sur les différentes épreuves au menu, du 60m au 3 000m en passant, entre autres, par le saut à la perche.Il y aura notamment Eloyse Lesueur, championne du monde de saut en longueur en 2014.

Une marraine hors-pair

La marraine de cette 8ème édition, Marie-Amélie Le Fur, compte à son tableau de chasse pas moins de huit médailles olympiques – dont trois en or – quatre titres de championne du monde, trois de championne d’Europe… Et tout cela, dans des disciplines très différentes : le 100m et le 200m, mais aussi le 400m et le saut en longueur.

La « particularité » de Marie-Amélie Le Fur, c’est qu’elle est handicapée. en 2004, à l’âge de 16 ans, elle est amputée de la jambe gauche, sous le genou, après un accident de la route. À l’époque, elle pratique déjà l’athlétisme et notamment du demi-fond, en particulier le 800m. Mais cette discipline-là n’existe pas dans sa classe de handicap. Elle doit se rabattre sur d’autres distances, avec des épreuves de course plus rapide, ouvertes à sa catégorie.

Catégorisation des handicaps

Il faut dire que pour assurer le plus d’équité possible, les athlètes concourent contre des adversaires avec un handicap similaire. Ces classes de handicap répertorient la déficience visuelle, l’infirmité motrice cérébrale, le handicap mental, l’amputation – membre supérieur ou membre inférieur – les fauteuils roulants, etc. À l’intérieur de ces catégories, ils sont ensuite classés selon le degré de gravité et d’atteinte (cécité totale ou non, etc).

Cela explique notamment pourquoi toutes les disciplines ne sont pas ouvertes à tous : cela ferait beaucoup de compétitions, qu’on fait donc varier selon les demandes et le nombre d’athlètes disponibles.

c

Marie-Amélie Le Fur a donc dû attendre 2014 pour voir s’ouvrir à sa classe de handicap la course du 400m, discipline dans laquelle elle est assez vite devenue la meilleure de sa catégorie. Mais aujourd’hui, à 30 ans, elle a décidé de se concentrer uniquement sur le saut en longueur, dans sa catégorie, la T 64 dont elle détient depuis l’été dernier le record du monde, avec l’objectif des JO de Tokyo en point d’orgue.

Présidente du Comité paralympique

Pour atteindre ce niveau, Marie-Amélie Le Fur s’entraîne 9 à 12 fois par semaine, avec des séances qui peuvent durer de 2 à 3h, tout ça en travaillant à côté, car son incroyable carrière ne la fait pas vivre. Depuis deux mois, elle s’est aussi engagée dans un autre projet, puisqu’elle a été élue présidente du Comité paralympique français, en parallèle de son activité sportive.

Et dans ce domaine aussi, elle promet de se donner à fond. Elle ne manque d’ailleurs pas d’idées : mélanger « valides » et « invalides » au sein de même compétition pourrait être une piste de travail. Son objectif est très clair : améliorer la visibilité du sport paralympique et changer les mentalités. Pour qu’enfin, cela ne soit justement plus une « particularité » et que les champions paralympiques soient enfin reconnus à la hauteur de leur performance.

Visuels © Wikimedia Commons / Pierre-Yves Beaudouin