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Il y a urgence climatique et tout le monde s’en fout

Il y a urgence climatique et tout le monde s’en fout

Mais pas d'inquiétude, Jacques Cheminade est là pour nous sauver.

Par Clementine Spiler

On a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise d’abord : l’Organisation météorologique mondiale, l’agence de l’ONU qui se spécialise sur le climat, a publié cette semaine ses prévisions pour l’année 2017. Elle prédit la continuation de phénomènes climatiques extrêmes, des températures, du niveau des océans et des émissions de dioxyde de carbone, et dresse par la même occasion un bilan catastrophique de l’année 2016.

2016 est l’année la plus chaude jamais enregistrée, à tel point que suite aux phénomènes comme El Niño, le directeur du Programme mondial de recherche sur le climat, David Carlson a déclaré : “ Nous touchons ici aux limites de notre savoir scientifique concernant le climat et nous avançons maintenant en territoire inconnu.

La bonne nouvelle, c’est que tout va bien, puisqu’on a tous décidé de faire comme si de rien n’était. Depuis la COP21, il y a plus d’un an, le climat a littéralement été éjecté du débat public, pour être remplacé par “les migrants”, “les médias”, “l’état d’urgence” et autres mots-valise qui, parce qu’ils englobent tant de problématiques, ont tendance à dévorer l’espace et le temps qui pourraient être attribués à un débat nécessaire. 

L’état d’urgence c’est surtout celui dans lequel se trouve notre planète. Mais entre les l’hologramme de Mélenchon et les costumes de Fillon, on n’a pas vraiment trouvé (cherché ?) le temps d’en parler. On profite donc de la journée météorologique mondiale (on sait que vous l’attendiez avec impatience) pour faire un tour d’horizon des programmes des candidats en la matière. 

Benoît Hamon biomimétise

Benoît Hamon propose de favoriser l’éco-conception, notamment l’isolation et la réutilisation des matériaux. En plus de mesures sur des véhicules et transports plus propres, il veut “porter à 50% la part des énergies renouvelables” pour pouvoir sortir du nucléaire dans 25 ans. Le candidat PS se positionne également en faveur du bien être animal et du biomimétisme, cette volonté d’orienter la recherche vers un mimétisme du vivant et de la nature. Il veut également interdire les perturbateurs endocriniens, à qui l’on attribue désormais de nombreuses responsabilités quant aux cancers notamment, mais aussi, plus récemment, une diminution de l’intelligence car ils attaqueraient le développement neurologique des foetus. 

La “règle verte” de Jean-Luc Mélenchon

Le programme écologique de JLM s’oppose largement au productivisme, dans l’agriculture notamment. Il propose une énergie 100% renouvelable à horizon 2050, soutient une sortie immédiate du nucléaire et un arrêt des subventions aux énergies fossiles. Il veut également exploiter la valeur économique et écologique des forêts, que ses équipes considèrent comme “le trésor oublié de la France”. Parmi d’autres propositions, il veut inscrire une “règle verte” dans la Constitution française : “l’obligation à l’échelle de la France de ne pas prélever sur la nature plus de ressources renouvelables que ce qu’elle peut constituer, ni de produire plus que ce qu’elle peut supporter.

Le grand vide chez Lassalle, Arthaud et Poutou, et l’écologie génocidaire de Jacques Cheminade

Jean Lassalle appelle tout simplement à “passer aux énergies renouvelables”. S’il n’est fait aucune mention de l’écologie dans le programme de la candidate communiste, ni dans celui de l’anti-capitaliste, Jacques Cheminade a visiblement largement réfléchi à la question.

Le candidat s’oppose à l’économie d’énergie, et à l’écologie telle qu’elle est traditionnellement conçue, car elle appelle “à réduire la population terrestre”, une conception “aboutissant à des conséquences criminelles si l’on suit jusqu’au bout sa logique”. Plutôt que d’éliminer un à deux milliards d’être humains, Jacques appelle à “construire des plateformes de développement culturelles et matérielles capables d’ouvrir les portes de l’avenir”, et aussi à développer le nucléaire. 

François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan mettent le paquet

Le candidat LR soutient que le nucléaire est nécessaire à la réduction d’émissions de CO2. Il veut donc revenir, comme il l’expliquait récemment à France Inter, sur la loi de transition énergétique votée par le Parlement. “Il faut mettre le paquet sur la réduction des émissions de CO2”, même s’il faut pour cela utiliser le nucléaire, auquel on règlera son compte plus tard, “après le quinquennat”.

En parallèle, Fillon veut réduire la consommation d’énergies fossiles, et amplifier la politique d’économie d’énergie. Il encourage, comme Benoît Hamon, une modernisation des transports en commun et la préservation  de la biodiversité. Il se pose aussi comme candidat de protection animale, avec une spéciale dédicace aux abeilles.

Les mesures phares de Nicolas Dupont-Aignan sont relativement similaires à celles de François Fillon, il soutient également le nucléaire, qu’il veut “propre”. Il préconise de préserver la filière hydro-électrique publique, lutter contre l’obsolescence programmée, et pour un recyclage “valorisé” des déchets.

Asselineau et Le Pen, l’écologie protectionniste

Pour François Asselineau, la sortie de l’Union Européenne est préalable à tout politique écologique “pour nous faire sortir d’un modèle d’ultra-productivisme, et de mondialisation” et “faire réaliser les objets dont on a besoin le plus près de chez soi”. Sur l’énergie, il propose un grand débat et un “questionnaire à choix multiples” pour demander l’avis des français sur les politiques énergétiques à conduire.

Marine Le Pen partage avec François Asselineau une écologie anti-mondialisation et une consommation locale. Elle soutient le nucléaire, et s’oppose à la fermeture de la centrale de Fessenheim. Elle s’oppose à l’exploitation du gaz de schiste et aux OGM.

Macron divise par deux les jours de pollution 

Dans le programme d’Emmanuel Macron, on trouve une catégorie intitulée “Inventer un nouveau modèle de croissance” dans laquelle les mesures environnementales côtoient pêle-mêle les fonds d’investissement pour l’industrie, l’isolation des logements et la baisse de l’impôt sur les sociétés. 

Sans préciser par quel miracle, le candidat propose de placer la France “en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides” et d’en faire le “leader mondial de la recherche sur la transition environnementale”. Il veut également “diviser par deux le nombre de jours de pollution atmosphérique”, en créant une prime de 1 000 euros pour acheter un véhicule moins polluant. Ça nous paraît un peu juste, sachant que selon lui, c’est déjà juste assez pour “boucler les fins de mois” d’un adolescent.

Visuels : (c) DR