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« Qu’il est bon, ce rêve »

« Qu’il est bon, ce rêve »

Dans le cadre de la Nuit des Idées, nous vous diffusons les rêves de détenus incarcérés à la Maison Centrale de Poissy.

Par La rédac

Fruit, depuis janvier 2017, d’un partenariat associant le Service Pénitentiaire d’insertion et de Probation des Yvelines, la Maison Centrales de Poissy et le Centre national des arts plastiques, sous la conduite de Pascale Cassagnau, l'Atelier de lectures de films a été conçu comme une invitation faite aux personnes détenues à entrer et à rencontrer des artistes, pour aller à la rencontre avec des œuvres, dans l’expérimentation du regard, dans l’expérience d’une parole, dans le dialogue avec des artistes. L’invitation faite à Chloé Delaume de venir travailler avec un groupe de détenus s’inscrit dans la perspective interdisciplinaire de l’Atelier de lecture de films en plaçant la recherche filmique dans le contexte élargi de l’espace des rêves et de leur notation. Dans le cadre de la Nuit des Idées 2019, nous vous publions certains de ces textes. En poursuivant, aujourd'hui, avec celui de Victor.

Le Rêve - Victor

Dans l’attente d’un lever du sombre voile de la nuit, je suis en plein rêve sur mon bateau où je sens la bonne odeur iodée des algues et entends le clapotis des vaguelettes sur la coque. Je suis bien, le soleil au zénith me chauffe la peau et repousse mon éveil sans en maîtriser le moment. Je suis à la barre, les cheveux caressés par un léger zéphyr et oriente le bateau vers une anse pour y découvrir peut-être une plage sauvage, inviolée.

Ralentir le bateau, bâbord toute vers la crique pour découvrir au détour des rochers, la grève sablonneuse, accessible par la mer et entendre le crissement du sable stabilisant l’esquif. Qu’il est bon ce rêve ! Je m’apprête à sauter dans l’eau turquoise et chaude, de m’éclabousser les pieds mais ding ! Ding ! S’ébranle le réveil et me voilà revenu d’un coup dans les draps trop chauds, la tête encore perdue sur le sable et l’eau miroitante sous le soleil mais le dring ! Dring ! continue d’effacer l’image de mon rêve comme l’éponge sur le grand tableau noir et finalement mes pieds se posent sur un parquet froid et craquant. Retour à la vie réelle, fin du Rêve !

Visuel (c) Getty Images / Vitaliy Holovin - Corbis