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Japonais dans les années folles : Foujita, peintre à part ?

Japonais dans les années folles : Foujita, peintre à part ?

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Foujita (Tokyo 1886- Zurich 1968) est un miracle. Cet artiste japonais, obsédé par l’Art et par Paris, a été pris dans le tourbillon des années 20, qui l’ont rendu célèbre comme l’artiste le plus original, dandy, curieux de tout et surdoué, au point d’en faire le plus connu de l’école de Paris.

éonard Tsuguharu Foujita, Portrait de l’artiste, 1928, huile et gouache sur toile, Paris, Centre Pompidou - Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018 - Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacqueline Hyde
éonard Tsuguharu Foujita, Portrait de l’artiste, 1928, huile et gouache sur toile, Paris, Centre Pompidou - Musée national d’a

Avec sa frange, ses anneaux d’oreilles, ses vêtements imprimés très Art déco, son allure de dandy ultra exotique, il échappe à toute classification. Issu d’une grande famille, à peine ses études d’Art bouclées au Japon, il se rue à Paris en 1913. Il aime tous les styles d’expression : classique, renaissance, moderniste…Il hésite même à être danseur.

Ce sera sa force, une ouverture d’esprit à 360°, et surtout la capacité à mélanger le style des délicates estampes japonaises avec les nouveautés de Picasso, Matisse, et de son ami Modigliani. 

Un expressionnisme parisien, qui donnera l’école de Paris avec Van Dongen, Pascin, Kisling, Derain, Vlaminck, Léger, où toutes les avant-gardes se côtoient, dans un état d’esprit français, raffiné.

Léonard Tsuguharu Foujita, Trois femmes, 1930, huile sur toile, Conseil départemental d’Essonne, Evry, France © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018 © Maison-atelier Foujita. CD Essonne. Photographie Laurence Godart
Léonard Tsuguharu Foujita, Trois femmes, 1930, huile sur toile, Conseil départemental d’Essonne, Evry, France © Fondation Fouj

Animaux, nus, portraits

Dès 1925, ses animaux, ses nus, ses portraits, rencontrent un énorme succès. L’Europe artistique le découvre et il entre dans les grandes collections. Ses Fonds ivoires ou or, la finesse de son dessin font de lui un artiste unique, fin et délicat, dont les prix s’envolent.

Foujita

Il sera une des « nightclubber « célèbre  des années 20. Il peint les égéries de l’époque : Kiki de Montparnasse, puis sa fiancée Youki entre autres. Ils passent leurs nuits à la Rotonde, au Dôme à la Closerie, Foujita est une peintre  à succès « people » qui fascine les magazines.

Lassé de la fête, rejoint par la crise de 1929, il part vendre son art ailleurs. En 1931, il part pour deux ans : Brésil, Argentine, Pérou, Mexique et Californie. En 1933, il réalise des peintures murales, peintre attaché aux armées en guerre ! Le Japon envahit brutalement la Chine. Retour à Paris en 1939, mais il va collaborer au Japon impérial en guerre, puis en 1945, il enchaînera avec les américains !

Difficile de comprendre les vies mouvementées pendant la guerre, les exodes, les ruines…En 1949 avec sa dernière compagne Kimiyo, il obtient un visa pour l’Amérique (grâce au général Mac Arthur !)

Puis il se retire en France de 1950 à sa mort en 1968… Encore des expositions en Algérie, Maroc, Espagne. Nationalité française en 1955, il se convertit au catholicisme en 1959 !

Neuf vies...ou même plus

Comme ses chats, il a eu neuf vies :  Foujita reste un peintre complexe, intuitif et difficile à pénétrer. Il a connu la grande vie, la guerre, les difficultés, les revirements, les abandons, les fuites, mais il a toujours dessiné avec acharnement, survivant grâce à son travail.

Léonard Tsuguharu Foujita, Combat I, 1928, huile sur toile, 299,7 x 301,6 x 4,7 cm, Maison-atelier Foujita, Conseil Départemental d’Essonne, Evry France, photographie Laurence Godart © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2018 © Maison- atelier Foujita. CD Essonne. Photographie Laurence Godart
Léonard Tsuguharu Foujita, Combat I, 1928, huile sur toile, 299,7 x 301,6 x 4,7 cm, Maison-atelier Foujita, Conseil Départemen

Sa diversité est énorme, il faut voir toutes ses périodes, y compris les oeuvres géantes, ses nus étranges, ses différents styles, notamment comme les primitifs flamands et hollandais, ses portraits délicats,  puis son oeuvre religieuse catholique, à Reims…

Léonard Tsuguharu Foujita, Cruci xion, vers 1920, encre de Chine, aquarelle, gouache blanche et feuilles d’or sur papier japon, 40 x 26 cm, CRMH - Drac Occitanie, Cahors ©Fondation Foujita / ADAGP 2018 ; Photo : © Jean-François Peiré - DRAC Occitanie
Léonard Tsuguharu Foujita, Cruci xion, vers 1920, encre de Chine, aquarelle, gouache blanche et feuilles d’or sur papier japon,

Un inclassable, c’est indispensable.

Foujita. Peindre dans les années folles. Musée Maillol. 7 mars au 15 juillet 2018.