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Johnny, et ses équivalents européens

Johnny, et ses équivalents européens

Thomas Zribi sonde l'Europe, dans Plus Près De Toi.

Par Bastien Stisi

La mort de Johnny, on l’a compris, est un drame national. Sauf qu’en dehors de nos frontières, le monde s’en moque un peu. Dans -Plus Près De Toi, Thomas Zribi s’est posé la question : y en a-t-il d’autres en Europe, des équivalents de Johnny, prophètes en leur pays mais inconnus en dehors ?

Aujourd’hui j’ai mené une enquête pour savoir s’il y avait des chanteurs comparables à Johnny Hallyday dans d’autres pays.

Johnny avait la particularité d’être immensément connu en France, et immensément peu connu à l’étranger. 

J’en ai donc cherché d’autres, des stars chez eux mais inconnus chez nous. J’ai trouvé trois exemples que voici.

Little Tony, le Johnny italien

Tout d’abord le Johnny italien. Il s’appelle Little Tony.

Little Tony, né en 1941. Comme Johnny, il a un pseudo-américain, comme Johnny, il commence sa carrière en reprenant des tubes américains traduits en dans sa langue. C’est quelque chose qui se faisait à l’époque.

Little Tony, donc, chante le rock and roll en italien comme Johnny chantait le rock and roll en français. Lui aussi a un look à la Elvis. Banane, veste à franges, boucle de ceinturon. Lui aussi vend énormément de disques, 40 millions en tout.

En revanche, la grosse différence avec Johnny c’est qu’il n’a pas su suivre le temps qui passe. Jamais dans sa vie il n’abandonne son look, mais ses cheveux se font plus rares avec les années, et sa banane tient mal.

Il n’abandonne jamais non plus le rock à Billy. Dans les années 80 il continue d’interpréter toujours ses mêmes reprises, mais accompagné d’un synthétiseur. Son succès s’étiole, on l’oublie. Il meurt à 72 ans d’un cancer du poumon.

Loin de la gloire de Johnny Hallyday donc.

Miguel Rios, le Johnny espagnol

2ème exemple, le Johnny espagnol, Miguel Rios.

Même âge que Johnny, même dégaine, même voix. Au début de sa carrière, il ne s’appelle pas Miguel Rios mais Mike Rios. C’est plus tard qu’il reprend son prénom espagnol.

Alors là, les points communs avec Johnny sont innombrables : il commence très jeune, à 16 ans, il vend des dizaines de millions d’albums, c’est l’un des premiers chanteurs à faire la tournée des stades de football, il joue devant des centaines de milliers de personnes. Des shows immenses avec effets pyrotechniques.

Il a aussi une vie dissolue : il boit, il se drogue. Il fait même de la prison pour consommation de cannabis au début des années 70. Il a reconnu plus tard avoir un grand regret : il a balancé ses copains fumeurs de joints à la police.

La grande différence avec Johnny : il fait une tournée d’adieux en 2010, puis il s’arrête vraiment. Contrairement à Johnny qui a fait sa première tournée d’adieux en 2009 mais qui n’a jamais abandonné la scène.

Dernier exemple, mon préféré, le Johnny allemand Heino.

Alors là les fans de Johnny et de Heino m’en voudront sans doute, car lui a beaucoup de différences avec Johnny. Tout d’abord il ne chante pas de rock and roll. Dans les années 60, quand tous les jeunes chanteurs allemands, comme dans les autres pays, se déguisent en Elvis Presley, lui choisit la chanson traditionnelle allemande et ça donne ça.

Heino, le Johnny allemand

Tout de même, dans le clip de cette chanson, deux hommes scient un tronc d’arbre en rythme).

Heino ne choisit pas de pseudo-américain, il ne porte ni veste à frange ni blouson de cuir. Il a les cheveux très blonds, des lunettes noires et des pulls à col roulé.

Alors quels sont les points communs entre lui Johnny : avant tout il est extrêmement populaire. Il est même tellement célèbre qu’il a de nombreux sosies. Heino fait en gros le parcours inverse de celui de Johnny.

Il commence par des chansons originales dans les années 60. Et c’est à la fin de sa carrière, en 2013, à l’âge de 75 ans qu’il décide de faire son premier album de reprises rock and roll. Il change de look, il porte des blousons de cuir cloutés, un collier tête de mort. Et c’est un immense succès, il devient numéro 1 en Allemagne.

Une réussite ternie, tout de même par une interview qu’il donne au moment de la sortie de son disque. Le journaliste lui demande comment va sa santé.

Heino répond : » je me sens aussi fort que de l’acier Krupp, et aussi coriace et agile qu’un lévrier ».

Petit souci : il s’agit d’une citation, mot pour mot, d’Adolf Hitler dans Mein Kampf. On lui fait remarquer, il dit que c’est un hasard.

En Allemagne, ça passe. En revanche, c’est la première fois qu’on parle de lui, pour cette raison, dans les journaux étrangers.

C’est là le plus gros point commun entre tous ces chanteurs : ils ne se sont quasiment pas exportés. Et en Allemagne aujourd’hui on parle sans doute aussi peu de la mort de Johnny que nous parlerons de la mort de Heino quand elle arrivera.