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À la Philharmonie, Daho se la joue pop

À la Philharmonie, Daho se la joue pop

De Charles Trénet à Flavien Berger, une histoire de la pop en France, en images.

Par Bastien Stisi

La pop, c’est quoi au juste ? Lorsqu’elle émerge vraiment, dans les années 60, quelques repères : thèmes jugés plutôt légers (bien souvent : des romances frustrées), ambiances colorées, mélodies faciles à retenir, ambitions commerciales, schéma du couplet-refrain qui prouve rapidement son efficacité. On la raille d’abord beaucoup, et surtout lorsqu’on l’oppose aux autres genres en vogue (le rock, le jazz, le blues…), et puis, on en raffole, au fur et à mesure que les genres s’entremêlent, se confondent, fusionnent. Les undergrounds comme les lambdas finissent par écouter de la pop (pas la même, quoique), car le mot devient de plus en plus « valise » au fur et à mesure que les décennies (musicales) s’accumulent. En sourdine, la pop, c’est ce qui fonctionne, ce qui plaît, ce qui touche le plus d’oreilles possible. Ce qui est « populaire », tout simplement.

Daho, parrain pop

Le sujet pop, interprété en langue française, c’est la problématique sur laquelle s’est penchée Étienne Daho, qui, parce qu’il en connaît un rayon dans le genre (difficile de dissocier le terme de « pop française » de la figure, longiligne, de Daho, qui vient de sortir Blitz, son treizième album studio), s’est vu proposer, par la Philharmonie de Paris, institution précise et néanmoins très pédagogique (au cours des dernières années, on y a vu exposé le mouvement punk, George Brassens, Bowie, Dylan, Barbara…), de raconter l’histoire de cette musique à laquelle il a, depuis la fin des années 70, contribué avec tant de talent.

Cette histoire, Daho la raconte ainsi à travers une sélection d’artistes et de groupes, sélection naturellement non-exhaustive (il faudrait l’ensemble du Louvre pour la réaliser, celle-ci), une sélection assumée « subjective », qui, schématiquement, va des chansonnettes de Charles Trénet aux élucubrations poétiques de Flavien Berger. Entre ces deux points, opposés, de multiples arrêts : les chansons zazous de Boris Vian ou de Boby Lapointe, le trio Brel-Ferré-Brassens, les incontournables Dutronc, Gainsbourg, Bashung, les rockeurs Hallyday ou Polnareff, les poupées France Gall ou Paradis, les new-wave Jacno, Rita Mitsouko, Lio, Niagara, les romantiques Christophe ou Biolay, les punk Daniel Darc, Metal Urbain, Bérurier Noir, Marquis de Sade, les électroniques avec (Phoenix, Tellier) ou sans chant (François de Roubaix, Laurent Garnier, Rone), les gloires French Touch Air, Daft Punk, Cassius, Mr. Oizo, les nouveaux rétro La Femme, Julien Perez, Paradis, Lescop, les différents Frànçois and The Atlas Mountains, Aquaserge, Moodoïd, les avant-gardistes déjà très en avance Chassol, Jacques, Flavien Berger…

Boris Vian - Photomaton, 1942 © Cohérie Boris Vian
Lizzy Mercier Descloux, 1977 ©Michel Esteban
Daniel Darc et Étienne Daho, 1989 ©Antoine Giacomoni-Mandrakimage
Stinky Toys, 1979 © Yannick Picard
Stinky Toys, 1979 ©Pascal Carqueville
Lio, 1980 ©Antoine Giacomoni-Mandrakimage
La souris déglinguée, 1981 © Olivier Claisse
Françoise Hardy et Étienne Daho, 1985 ©Antoine Giacomoni-Mandrakimage
Lucrate Milk, vers 1983 © Masto
François de Roubaix, 1969 ©Collection de Roubaix
Charlotte Gainsbourg et Étienne Daho, 2003 © Grégoire Alexandre
Philippe Pascal, 2014 © Étienne Daho
La Femme, 2016 ©Eric Nehr.jpg
Flavien Berger, 2016 © Étienne Daho
Catastrophe, 2016 © François Fleury
Étienne Daho, 2016 © Thomas Robin

La pop décloisonne, brasse, métisse

Le spectre est large, bien entendu. Et a le mérite d’élargir au maximum l’idée, à revers du convenu et de manière quelque peu anachronique (considérait-on Boris Vian comme un artiste « pop » en 1952 ?), d’une pop qui aurait, finalement, toujours été ce qu’elle implique plus clairement aujourd’hui. Daho, lui-même, et ce même s’il assurait récemment dans le Nova Club « ne pas arriver à définir clairement la pop ». « Aujourd’hui, la pop a des contours fluctuants et se moque des définitions. Elle dresse des ponts entre les différents univers musicaux. Elle décloisonne, brasse, métisse, réconcilie les genres et arrache les étiquettes. »

Une pop, de fait, ouverte d’esprit et décomplexée, à l’image de l’un de ses plus grands concepteurs, qui se fait aussi en l’occurrence passeur, validant définitivement ce statut de « parrain » que lui octroient souvent les nouveaux pratiquants du genre en France (d’Aline à Lescop, d’AV aux Pirouettes).

Daho, on le rappelle, l’avait également photographié, cette pop, à l’occasion de ce Midi Festival dont il est le parrain, une démarche qui lui avait permis de capter les visages de Flavien Berger, de Requin Chagrin, de L’impératrice, de beaucoup d’autres. Des clichés également exposés à la Philharmonie dans une salle spécialement consacrée, au sein d’une exposition au ton peut-être un peu trop encyclopédique, mais qui a le mérite de poser des questions, précieuses. Pour les réponses, on verra plus tard.

Daho l'aime pop

Daho l’aime pop ! La pop française racontée en photos, expo du 5 décembre 2017 au 29 avril 2018 à la Philharmonie de Paris, 221 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, Métro Porte de Pantin