Aller au contenu principal
L’Art des fous ? Aux racines de l’art brut

L’Art des fous ? Aux racines de l’art brut

Une exposition à la Maison de Victor Hugo.

Par Jean Rouzaud

L’exposition réunie à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris, montre de rares dessins de pensionnaires d’asiles d’aliénés (l'une de ses filles et le frère de Hugo eurent des troubles mentaux, mais aussi des talents artistiques, comme Hugo, dont les encres sont remarquables).

Victor Hugo

On y voit donc toutes sortes de fantaisies de petit format : encre, crayon, aquarelles et autres dessins et collages plus quelques rares sculptures (le tout aux alentours de 1900, et plutôt  d’origine allemande).

Il ressort d’abord des points communs avec toutes les expressions naïves classiques : paysages, icônes, animaux, visages, motifs décoratifs, plus ou moins obsessionnels…

Puis viennent les aspects mystiques avec croix, christs et saints, mais aussi des images érotiques de femmes et autres plans suggestifs.

Il y a les graphomanes qui remplissent des pages d’une fine écriture illisible ou informe, mais aussi d’autres pages de minuscules caractères qui semblent imprimés tant ils sont parfaits, mais ils sont peints à la main !Dans le style « bien exécutés », il y a des plans de villes, de maisons , mais aussi des plans de RIEN, mais précis et faits à la règle !

Dans l’ensemble, des dessins plutôt doux, agréables et faussement naïfs, car ils suggèrent d’autres idées, ou des décalages.

Il y a une série remarquable de panneaux colorés, qui mélangent des cadres ou parties du dessin avec des motifs géométriques très beaux, genre aztèques ou psychédéliques, comme des tapis, accolées à de mièvres paysages en aquarelle monochrome et pâle ! 

Pour voir l'intégralité des images de l'expo, faire défiler la galerie ci-dessous

August Klett (1866-1928), «Blatt III.: Die Hahnen- republik in der Sonne hielt einen kostümfreien Haus- ball», crayon, aquarelle sur papier à dessin, 1923, © Prinzhorn Collection, University Hospital, Heidelberg
Else Blankenhorn, Sans titre, non daté, inv. 4267 © Prinzhorn Collection, University Hospital, Heidelberg
Joseph Askew, stylised figure, crayon et aquarelle (1860?), © Dumfries and Galloway Libraries, Information and Archives
Joseph Askew, Still life with Tankard and Pot Plants, aquarelle sur papier, 1868, © Dumfries and Galloway Libraries, Information and Archives
Karl Schneeberge, "Sozialist", carton, papier, journaux, fil de fer, 1922, N° inv. 230 © Psychiatrie-Mu- seum, Berne
Le Voyageur français, sans titre, entre 1902 et 1905, peinture à l'eau sur papier à dessin, © Collection de l'Art Brut, Lausanne/photo Claude Bornand
Adolf Wölfli, mine de plomb et crayon de couleur sur papier © ABCD, Montreuil

 

Victor Hugo

Une sculpture en bois longiligne semble une statuette africaine de 50 cm de haut, mais c’est en fait un soldat prussien avec casque à pointe, cartouchière et étui de fusil, avec deux faces, tel un Janus !

Art vital

Il y a aussi un avion bi plan bien stylisé et un bateau ravissant en carton, finement détaillé, un remorqueur à étages, avec tous les détails : objets beaux, comme des jouets d’enfants délicats.

L’Art des fous ? Aux racines de l’art brut

Bref, ces artistes dérangés ne sont pas loin des autres créateurs. Ils sont même plus libres et sans complexes. Ils vont au bout de leurs idées, avec une décontraction remarquable.

On comprend que leur art leur faisait du bien.

Et même s’ils sont obsédés, répétitifs, maniaques, ils font partie de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Art naïf, selon la formule de Jean Dubuffet, artiste célèbre et collectionneur, qui a pu créer ce type de fond, et de collection, notamment en Suisse.

Ces artistes fragiles nous donnent une leçon…à méditer.

L’Art des fous ? Aux racines de l’art brut

La folie en tête. Aux racines de l’Art brut. Maison de Victor Hugo, 6, place des Vosges, 75004. Jusqu’au 18 mars 2018.