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Le Worldwide festival en mode gonzo

Le Worldwide festival en mode gonzo

Par Laure Porthé, Thomas Auvray & Betty Marchais

Tu vois la corneille à trois yeux dans GOT, ben pour moi la mouette c’était pareil ! Elle était toujours là... Elle veillait ! Je le sais ! Bordel, elle était là à l’aube à m’attendre. Le phare dans la nuit ! Deux yeux en forme de boule à facettes ! Quoi je suis dingue ? Peut-être ! Imagine-moi trotter, ramper, marcher au petit matin dans les rues sétoises. Destination un appart d’artiste creusé à même la roche. 5h du mat, le coeur encore vibrant des sons du pasteur cosmique Leroy Burgess. Dans mes tempes bat le Worldwide ! Et là, tu vois je fouille au fond de mes poches à la recherche de mes p**** de clés qu’heureusement je n’ai pas perdu dans les gradins du Théâtre de la Mer, et là… The three-eyed crow aka La Mouette. Même par 40 degré - ressenti 46 - elle était là ! C’est un signe j’te dis !

Un signe de ? Un signe que le Worldwide c’est pas un festival comme les autres ! 

La joie

Je suis arrivé au Festival par une chaleur caniculaire … quand je te dis caniculaire c’est que ton corps sue tellement que t’es à toi seul l’équivalent de 100 000 pèlerins agglutinés dans la grotte de Massabielle ! Sauf que ton apparition à toi ne s’appelle pas Marie mais Gilles Peterson, Peggy Gou, Rashad ‘Ringo’ Smith, Virgil Abloh ! Et tant mieux si ta soirée d’ouverture tu la feras en t-shirt mouillé dans la joie et l'allégresse ! Bon Dieu que c’est bon de revenir là chaque année ! Virgil Abloh, tu sentais qu’il kiffait grave, il a balancé son set tout en éclectisme, du hip hop, du jazz… à des festivaliers heureux, transpirants, acculés par la chaleur : mecs en mode porn star chemise ouverte sur torse poils ! L’ombre de Raoul Duke planait sur le Worldwide !

Mais revenons à nos moutons ou à nos poulpes comme tu veux … Tu t’es déjà assis avec ton petit canon de blanc à un café à Sète ? Tu as déjà humé l’air méditerranéen ? Goûté des seiches à la plancha avec du chorizo et un risotto ?

Il est midi, tu ouvres un œil. Tu es douze dans l’appart ! T’as envie d’un café. La mouette est là. Dans tes oreilles ça sonne saxophone ! Ce sera celui d’Etienne Jaumet ! On l’aime bordel Etienne. Alors j’ai poussé jusqu’au jardin du Musée Paul Valéry. Je me suis assis sous un arbre. J’ai chillé. J’ai écouté le docteur fou Jaumet avec son sax, son jazz et ses câbles ! J’ai regardé les gens danser. Je me suis marré devant ? Avec ? Tu sais plus bien !

La ferveur

Je t’ai dit quoi ? Que le Worldwide c’est le best du best des best festivals !

La Mouette l’a prédit le dimanche matin à 6h30 exactement… Elle était là à faire ses cent pattes de mouette avec une algue dans le bec façon Yoda “je te vois. Je sais”. Dans son regard de mouette j’ai senti qu’elle me disait : “aujourd’hui tu vas kiffer ta life” ! J’ai fait un petit pont pour l’éviter, deux pas chassés en fredonnant un vieux track colombien diggé par Coco Maria, j’ai ouvert la porte d’entrée, me suis engouffré dans l’appart, me suis effondré sur mon bed. J’ai dormi 6h et là y a eu match : DIMANCHE 30 juin …Déjà la veille Khruangbin avait tout explosé : excellent concert, ambiance parfaite, Laura Lee au top ! Les 3 musiciens ont une présence scénique folle. Tout le monde trippait leurs reprises hip hop, cultes! Tu n’assistes pas au Worldwide, tu participes …. Nuance ! 

Bref, dimanche j’ai retrouvé tous les fans hardcore du Worldwide à la Journée label Melody International. Du high level : Edouard Jaw, Seiji Ono, Layla, tous les protégés de Sam Shepherd aka Flopo, résident du festival depuis de nombreuses années. Ils étaient tous là et nous aussi ! Je te parle même pas de la selecta solaire de Floating Points, de la fusion totalement cosmico-magique de Leroy Burgess avec les festivaliers ! Corps et âmes en transe … tellement Worldwide family! Le climax de cette semaine de festival ! La communion parfaite ! Ooooooh Pastor Burgess, lead me please !! Et puisqu’on parle de famille et de ferveur, je t’écarte du droit chemin avec le set de Sadar Bahar,  le plus grand fan de poulet grillé que je connaisse (ouais gars !). C’est sans doute un des meilleurs diggers du monde, ses disques sont ultra rares, il semble que pour certain, il en ait même tous les exemplaires! Et il arrive toujours à te mettre quelques bonnes claques par surprise. Bam la balayette ! Tu l’as pas vu venir celle-là !

La famille

J'ai fini par traîner mes claquettes jusqu’à la plage. Sur la Ola, en me baignant sur les sons jazz/nu soul du très prometteur groupe australien 30/70, j’ai vite compris que la fin d’après-midi allait se transformer en soirée sauvage : carte blanche au crew de Bradley Zero X Prequel … J’ai pensé à la mouette devant l’appart …  

 

Elle avait pas fini de m’attendre ! Faut dire que la semaine a été salée : Mr. Scruff a ambiancé la plage en mode old school soul/funk, les cultissimes Airto Moreira et Flora Purim ont été littéralement enveloppés d’amour par la foule pendant leur hymne Tombo in 7/4 

Le live nu soul de Poppy Ajudha a mis tout le monde d’accord. Elle, c’est un bébé du Worldwide ! Elle a une voix soul so sweet, elle rayonne ! Et on l’adore ! Tout autant que les tubes UK garage et Drum & Bass sélectionnés par Wookie et repris en choeur par les festivaliers ! Quand je te parlais de famille !! Shabaka Hutchings qui s’invite sur le live afro électro jazz du Khalab Trio et qu’on a retrouvé avec The Comet Is Coming pour un moment ultra puissant ! Le sax de Shabaka, les claviers inondent l’espace et moi là… J’ai surfé sur une vague cosmico géante, j’étais tout à la fois : la musique, la foule, la mer, la mouette !

État de choc !! Beauté intersidérale. La ww family a aussi rassemblé l’ambiance futuriste des faubourgs de Kinshasa avec Kokoko!, Kamaal Williams et Steve spacek pour un live inédit qui aurait mérité d’être enregistré ! La voix de Steve Spacek oscille entre celle de Gil Scott Heron et Terry Callier : de haut niveau ! Tu crois que c’est terminé, que tu vas rentrer à Lyon comme ça et bien non ! Débarque en plein milieu du dancefloor Thomas de Pourquery sur une magnifique reprise de « Love in outer space » de Sun Ra. Moment extatique par excellence.

Je rentre. L’automne frappe déjà à ma porte. J’étais juillet - on est déjà septembre. J’ai dit au revoir à la mouette, j’ai remis l’appart en état, j’ai rendu les clés. J’ai regardé la Méditerranée une dernière fois. Je fredonne encore Goodbye Stranger passé en clothing par Gillou - of course - parce qu’on se dit tous au revoir sans se connaître vraiment, qu’on se revoit chaque année, qu’on tisse des liens… Parce qu’on est la famille Worldwide !

Visues © Audrey Di Troia