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Masego : « On a trouvé notre identité en créant la TrapHouse Jazz »

Masego : « On a trouvé notre identité en créant la TrapHouse Jazz »

Le multi-instrumentiste était cette année au festival Afropunk. On y était aussi.

Par Clémentine Spiler & Bintou Simporé

Le 14 juillet dernier au festival Afropunk, on a croisé Masego, americano-jamaïcain qui a sorti en septembre 2018 son premier album, Lady Lady. On a discuté avec lui de ce premier opus et de sa musique, éclectique, qu’il définit sous le drôle de nom de « TrapHouse Jazz », fruit de ses origines et de nombreux voyages.

Masego, « Ladt Lady »

Tu es en pleine tournée européenne en ce moment ? Comment ça se passe ?

Super. On n’arrêtait pas de me dire de prendre un manteau mais franchement ça va. Super temps.

C’est une tournée qui va t’amener en Afrique du Sud, dont une partie de ta famille est originaire. C’est particulier pour toi d’aller jouer là- bas ? 

Oui, c’est toujours une sensation de rentrer à la maison. Je suis excité de voir la famille. Et puis c’est une bonne manière de fêter la nouvelle année.

Voyager te fait réfléchir à ce que tu es

Au-delà de tes racines sud-africaines, tu es né en Jamaïque et tu as grandi aux États-Unis, c’est bien ça ?

Je suis beaucoup de choses. Mon père est jamaïcain et cubain, et j’ai grandi en Virginie, puis à Washington DC, à New York... Mon père était militaire donc on a beaucoup voyagé. Voyager te fait réfléchir à ce que tu es. Tu récoltes un peu d’une culture, un peu d’une autre. Ça diversifie ta playlist... Tu absorbes tout ce qui t’entoure. Ça a beaucoup impacté ma musique.

Tu as aussi été influencé par le gospel que tu entendais à l’église, enfant ?

Je pense que tous les Noirs américains sont influencés par le gospel (rires). Je peux reconnaître n’importe quel accord de gospel sur n’importe quel instrument. En fait, le gospel se ressent plus qu’il ne se reconnaît. C’est comme une partie de ton âme.

Ta musique mélange beaucoup d'influences hip-hop, jazz, blues, électronique… Tu la définis comme « TrapHouse Jazz ». Ça veut dire quoi pour toi ?

C’est un sentiment de communauté. Quelque chose que je construis, avec mes amis, depuis notre adolescence. À quinze ans, on avait besoin de sentir qu’on avait une identité, on l’a trouvée en créant la TrapHouse Jazz, qui nous représente vraiment.

En 2017 tu as connu un énorme succès sur YouTube avec le morceau « Tadow », en featuring avec le producteur français FKJ. Aujourd’hui, cette vidéo tournée en plan séquence en studio a plus de 142 millions de vues, comment tu expliques cet engouement ?

Je pense qu’il vient avant tout d’un intérêt pour le processus de création. J’ai le sentiment que les gens ne savent pas toujours comment on fabrique nos morceaux. J’ai voulu montrer ça. En plus notre énergie était très bonne avec FKJ. On a créé ce morceau en très peu de temps alors qu’on venait à peine de se rencontrer. 

Dans cette vidéo et sur scène on découvre tes talents de multi-instrumentiste. Tu es saxophoniste, bien sûr, mais aussi batteur, guitariste, bassiste… De combien d’instruments joues-tu ?

La rumeur dit cinquante-quatre.

La rumeur est vraie ?

Je ne sais pas, je n’ai pas compté.

Ton album est dédié aux femmes qui t’entourent. Il paraît que tu as appris chaque instrument pour impressionner une fille. C’est vrai ?

Tu sais c’est comme quand Will Smith dit qu’il ne peut exceller que pour impressionner une femme. Uniquement dans l’optique de gagner son cœur. C’est un peu comme dire : « Ta couleur préférée est le vert ? Moi aussi ». Mais avec la musique c’est plutôt : « Tu aimes l’art, laisse-moi alors m’intéresser à l’art pour que je puisse avoir une conversation avec toi ».

C’est ce que j’aime dans le jazz : il est universel.

Quelle est ta relation avec « Hi De Hi De Ho » ?

Cab Calloway ? Tu connais Cab Calloway ? Il jouait dans les années 40 mais je le considère quand même comme un mentor, parce que j’ai regardé tous ses documentaires, j’ai tous ses vinyles. Le « Call and Response » est mon aspect préféré de la musique jazz et je l’ai intégré dans ma musique. Peu importe que tu sache ou non qui je suis, ni même que tu aimes ce que je fais sur scène. Je te donne quelque chose et tu me donnes quelque chose en retour. C’est ce que j’aime dans le jazz : il est universel.

Visuel © Facebook de Masego