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Militante, et rescapée des camps : l’artiste rom Ceija Stojka exposée à La Maison Rouge

Militante et rescapée des camps : l’artiste rom Ceija Stojka exposée à La Maison Rouge

Les peintures et les dessins de l'une des grandes figures de l'activisme rom.

Par Bastien Stisi

À La Maison Rouge, boulevard de la Bastille à Paris, a actuellement lieu l'exposition Ceija Stojka. Passionnante et forcément percutante, elle est consacrée à l'oeuvre picturale de l'Autrichienne d'origine rom, Ceija Stojka. Enfante, durant la Seconde Guerre mondiale de 1939-45, elle fut, comme 500 000 autres membres des communautés roms et tsiganes, déportée par l'Allemagne nazie dans des camps de concentration comme celui d'Auschwitz, de Ravensbrück ou encore Bergen-Belsen. Contrairement à beaucoup d'autres, elle ressortira vivante de ces camps.

Adulte, elle devient, à la manière de Primo Levi (pour les camps de concentration nazis) ou Alexandre Soljenitsyne (pour les camps de travail soviétiques), l'une des grandes témoins de l'enfer des totalitarismes du milieu du XXe siècle, et des conditions de « vie » dans les camps. Via l’écriture (elle publie quatre livres en 1988 et 2005), via le militantisme (elle devient activiste pro-rom au sein de la société autrichienne), et à partir des années 90, via la peinture et le dessin. Autodidacte, elle se fait la voix de ceux qui sont sortis de là où l'on ne sort jamais véritablement, et ce jusqu'à son décès en 2013. « Quand elle peint, Ceija Stojka a de nouveau douze ans, et ça c'est extraordinaire. Ses textes sont magnifiques aussi, elle parle de la mort avec un recul inhabituel », nous disait dans L'Heure de Pointe Antoine de Galbert, le directeur et fondateur de l'établissement, également commissaire de l'exposition. « Elle s'est progressivement révélée être une vraie artiste. C'est une femme qui a un talent qu'elle méconnaissait j'imagine ».

C'est ce travail pictural, dense et poignant, que La Maison Rouge expose donc actuellement. Antoine de Galbert a réuni plus de centre-trente toiles et dessins parmi le millier de pièces que compte l’oeuvre de Ceija Stocka. Une oeuvre découverte par le public, pour sa plus grande partie, de manière posthume. Une collection à voir en vrai jusqu'au 20 mai, et de manière virtuelle ci-dessous.

Ceija Stojka, Sans titre, sans date, acrylique sur carton. Courtesy Hojda et Nuna Stojka © Ceija Stojka, Adagp, 2017
Ceija Stojka, Lazas ame, Wir schämen uns, 1944, 2003, encre sur papier. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Galerie Kai Dikhas
Ceija Stojka, Der Krieg ist aus, Bergen-Belsen, 1945, 2005 encre sur carton © Ceija Stojka, Adagp, 2017
Ceija Stojka, Auschwitz 1944, 2009, acrylique sur toile. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Collection Antoine de Galbert
Ceija Stojka, sans titre, 2003, craie et acrylique sur papier. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy collection privée, Paris
Ceija Stojka, Z 6399, 1994, acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Collection privée, Paris
Ceija Stojka, sans titre, 1993, acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Hojda et Nuna Stojka
Ceija Stojka, Sans titre, sans date, acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Galerie Kai Dikhas

Pour en savoir davantage : le Néo Géo du dimanche 25 février, et l'interview d'Antoine de Galbert, le commissaire de l'exposition, directeur et fondateur de La Maison Rouge, dans L'Heure de Pointe.

Ceija Stojka (1933-2013), une artiste rom dans le siècle, du 23 février au 20 mai 2018 à La Maison Rouge, Commissaires : Antoine de Galbert et Xavier Marchand (Lanicolacheur)

Visuel en Une : (c) Christa Schnepf