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CHATON, et l’album de tous les possibles

Sur ce premier album, du chant en français sur des productions dub. Ça fonctionne.

26 février 2018
Par Bastien Stisi
Sur ce premier album, du chant en français sur des productions dub. Ça fonctionne.

C'est d'abord par nécessité que Simon, aka CHATON (le petit nom que lui donne sa copine, quand il faut être doux) compose de la musique. Ce lyonnais, parisien d'adoption, est en effet de ces artistes qui se servent de la plume non pas pour réécrire la réalité mais pour soigner les recoins de l'âme, thérapie semblable à une longue séance de psychanalyse étirée ici sur de nombreuses années (« Je ne me sens pas très bien depuis la fin des années 80 », dit-il par exemple dans Poésie, le single qui l’a fait connaître). Sauf que cette psychanalyse-là –et Simon l’assume (« Je rêvais de remplir des salles, pas de remplir des verres dans mon salon ») – n’est pas destinée à demeurer dans le cadre privé, mais bien à devenir publique, destinée à des auditeurs susceptibles de se retrouver à leur tour dans les textes ultra-sensibles de ce parolier qui semble s'être fixé pour unique limite les murets de ses propres névroses.

Au bord de la faillite, faire de la musique

Album voyeur et passionnant (la vie des autres peut l'être lorsqu'on est autorisé à s'y infiltrer comme ça), POSSIBLE, le premier album de CHATON, est ainsi le récit d'une vie qui aurait pu s'avérer tout autre. Un peu de succès (un ancien projet, d’autres chansons), et des grosses galères (le talon d’Achille se brise, la dépression intervient), celle de l'homme ordinaire désirant ce qui ne l'est pas et qu'une grosse période de doute oblige à changer de cap. Pour se soigner, sortir de l’apathie, Simon commence alors à vraiment composer pour lui, ce qui aboutit à quelque chose d'ultra-singulier, mélange de dub, de chanson française, de musique électronique et de pop (qui n'oublie pas de caler quelques refrains accrocheurs, qu'on répète d'abord automatiquement avant d'en saisir la profondeur).

Comme celui de Poésie, par exemple, qu’on vous a diffusé avant tout le monde sur Nova, ce petit tube qui dit sous ses apparences légères le mal-être incroyable d’un garçon qui paraît être en dessous de tout (« j’irai pas jusqu’au bout »), semblant s’en sortir parce qu’il est justement encore capable de coucher son désespoir sur le papier. « Au bord de la faillite, chante-il, je continue d’écrire des poésies ». Tout, ici, est résumé : CHATON écrit pour se relever, et ce titre-là pourrait bien être le point de départ de tout ce qui devra suivre ensuite. Simon « ne répond plus au téléphone » ? C’est qu’il se raconte. Et prend le temps de le faire.

La vie c'est l'apéro de l'enfer

CHATON, c’est lui, c’est tout le monde. C’est un type qui a envie de prendre un appart plus grand avec sa nana (mais pas d’acheter, quand même, faut pas déconner), qui bouffe chinois après avoir maté un film au ciné, qui recherche la fierté de son père, qui était amoureux de sa mère (« comme tous les garçons », dit-il sur N’importe quoi), qui l’est désormais d’une autre (une Lola, a priori), qui a fait quelques années en Erasmus, qui bouffe des coquillettes quand c’est pas le top, qui dépense quatre-vingt balles chez le psy, et qui au bord de la faillite, continue, c’est tout à son honneur et c’est donc sans doute salvateur, d’écrire des poésies. Qui, en 2018, est capable d’écrire avec une prose aussi sincère, qui rappellerait presque (premier abord) celles des naïfs yéyés des 60’s, qu’il a « mal partout » ? Et qui surtout, peut faire en sorte que ça marche, même si le succès lui remonte pas plus le moral que ça (« Le succès ça n’arrange rien à l’intérieur / J’sais plus si j’veux crever en famille ou au vingt heures ») ? Ce type-là fait décidément partie de ceux, étranges, dont on remarque d’abord la bizarrerie (les gens vraiment différents, y a rien à faire, faut qu'on en rie un peu pour s'assurer que ce ne sont pas eux qui aient raison), avant de comprendre qu'il est peut-être utile de tendre l'oreille, afin d'écouter ce qu'ils ont à dire.

Et si « la vie c’est l’apéro de l’Enfer », comme il le soupçonne sur J’attends en bas, le morceau qui ouvre l’album, CHATON aura en tout cas su s’en écarter, de cet Enfer, le temps d’un album rare, et absolument différent. Heaven is for Real.

Bon et sinon, CHATON aime bien reprendre Céline Dion.

En avant-première, Nova vous en offre des exemplaires : trouvez le mot de passe dans le grand panier de la page Nova Aime pour le rentrer ici-bas.

Possible de CHATON, sortie le 9 mars 2018 chez Sony Music. Il est également en tournée, le 16 mars à Nantes, le 22 à Paris (Maroquinerie), le 23 à Marseille, le 24 à Lyon. Et ailleurs.