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L'Ange de Luis Ortega | Paris

Derrière l’épopée folle d’un ado latino tueur en série, L’ange flingue surtout une société conservatrice assassine des libertés individuelles.

7 janvier 2019
Par saharnova
L'Ange de Luis Ortega | Paris

A dix-sept ans on est pas sérieux. Mais on peut faire des choses graves. Carlitos Robledo Puch lui s’est amusé à braquer des maisons et des commerces ou à trucider des gens. Ce garçon aux airs d’agneau qui a tué une douzaine de personnes, a acquis le surnom d’Ange de la mort. C’était à Buenos Aires en 1971. A peine quelques années après Charles Manson aie décimé le fameux summer of love américain, un peu avant que les tueurs en série ne deviennent les nouveaux croque-mitaines de la culture populaire mondiale.

A vrai dire, Luis Ortega ne s’interesse pas tant à Puch, qu’à ce qu’il a incarné au-delà des meurtres : une insolence, une rébellion à l’ordre établi. Son Carlitos n’est pas tant dérangeant parce qu’il sème la mort que parce qu’il franchit des portes, outrepasse la ligne imposée par une société latino des 70’s très conservatrice. Carlitos est en apparence le prototype du jeune homme de bonne société charmeur et charismatique mais s’affirme en voleur de mobylette, en homo comme en apprenti criminel. L’ange l’accompagne dans la jouissance de son funeste parcours en donnant un ton funky, coloré à son film. Ortega provoque moins par son personnage central – plus encore quand les actes reprochés au véritable Puch, sont bien plus sordides et crapoteux que ceux, déjà gratinés, de celui du film – que par son humeur presque primesautière.

Sans aller jusqu’à héroïfier son psychopathe, L’ange n’est pas un film aisé à l’heure du règne du politiquement correct puisqu’il fait de Carlitos une alternative à la soumission sociale avec ce trublion défiant toute autorité, une bombe à retardement prête à exploser à la gueule d’une Argentine elle-même pas très nette, bientôt sous la poigne d’une dictature militaire tout autant assassine. Osant une mise en scène festive, caressante, sexy pour raconter une atrocité, L’ange jongle avec la notion de morale comme Scorsese le faisait pour parler de la mafia dans Les affranchis. Ce n’est pas que ses personnages jouent toujours plus avec le feu qui rend L’ange troublant, mais que si on y réfléchit bien, il faille assumer qu’ils soient diablement séduisants.

A.M

En salles le 9 janvier.

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