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Ciao Colonel Abrams, pionnier de la proto-house

Un mix de plus de deux heures pour se souvenir.

Par Jean Morel

Dans un quasi-anonymat indigne de son talent, c'est un pionnier que le monde de la musique pleure à nouveau en 2016…

D'autant que l'histoire de l'homme en question, Colonel Abrams, se drape d'un tragique qui ne confère que davantage de dimension à son œuvre.

Il faut dire que son héritage est intéressant. À l'origine membre de différents groupes indépendants de soul dans les années 70, dont 94 East, aux côtés d'un certain Prince, un groupe avec qui il signera quelques tubes dans les années 80.

Mais ce pourquoi Colonel Abrams a acquis un statut culte chez les mélomanes mélomanes avertis, c'est pour son rôle trop méconnu dans l'élaboration d'un nouveau genre musical. Dans le brasier encore incandescent de la disco, New-York concocte une nouvelle forme de R'n'B uptempo, pendant que Chicago expérimente… Bon vous savez ce que Chicago expérimente. Au milieu de ces élucubrations de pop musique, les deux premières démos de Colonel Abrams deviendront des classiques a posteriori pour un tout petit milieu, car elles posent les fondations de la house. Tout simplement.

Ces deux morceaux n'avaient pas connu de sortie à l'époque, et Runnin' et Release The Tension sont devenus des bootleg que les DJ s'arrachaient à prix d'or… Fort de ce succès sans même une sortie commerciale, ces deux démos poussèrent MCA à signer un deal avec Colonel Abrams dont Music Is The Answer est le fruit.

C'est aussi pour son incroyable voix que Colonel Abrams se distingue alors, dont la texture incroyable et les variations mélodiques lui ont permis d'épouser tous les registres musicaux pendant 30 ans de carrière, depuis le début des années 80 jusqu'à la house music. Notamment parce que le colonel a toujours travaillé avec les mêmes choristes depuis ses débuts, élaborant une relation créative particulière avec ces derniers. Cette voix fut d'ailleurs beaucoup samplée, à l'instar de ses boucles, on la retrouve par exemple sur le Do you Know what I Mean de Fresh Tunes.

S'ensuit alors une série de tubes pour Colonel Abrams durant toutes les années 80. S'il collaborait en studio avec Winston Jones et Timmy Regisford, il écrivait la plupart de ses paroles et a fini par s'émanciper en tant que producteur solitaire au fil des ans.

Dans les années 90 face à l'incompréhension par les majors de la house music, Colonel Abrams finit par fonder son propre label pour lequel il signe d'incroyables morceaux de proto-house et de house.

Avec un tel parcours qui semblait pouvoir assurer ses arrières pour toujours, l'existence du Colonel se dégrade alors terriblement. En prise avec le diabète et un système de santé américain dont on connaît les maux, il a été confronté à de terribles difficultés financières pour payer ses frais médicaux et a même fini par être sans-abri. Une déchéance inversement proportionnelle à son impact majeur sur la musique qui l'a vu mourir dans le plus grand dépouillement le 25 novembre dernier, à 67 ans. Laissant derrière lui une formidable discographie et un seul mot d'ordre « Let's dance for love and peace », peut-être un des plus beaux.

Pour rendre hommage au Colonel nos bons amis de Music Is My Sanctuary (et plus précisément the Rawsoul) ont signé un formidable mix hommage ci-dessous. 

Visuel : (c) DR