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Dub Camp Festival 2017

Retour sur le Dub Camp Festival 2017

Des pointures et des promesses.

Par Mathias de la Fuente

Après trois éditions réussies, pas facile pour le plus gros festoch' de Dub en Europe de renouveler la programmation. Il faut de nouvelles têtes, des légendes, des jeunes, des anciens, de la variété, du local, de l'international, des découvertes et des incontournables, sans trop se répéter par rapport aux autres éditions. 

 

Pari réussi, avec des pointures comme Jah Shaka, Channel One, OBF ou encore King Shiloh, des gros sound systems français comme Legal Shot, Salomon Heritage, Dawa HiFi ou Kiraden, des pointures du Dub made in France comme Miniman, Weeding Dub ou Kanka. Cette année, pas mal de crews qui viennent de l'autre bout du monde comme les Sud-africains Kebra Ethiopia, les Brésiliens High Public, les Péruviens de Lima Sound System ou encore les Argentins Warriors of Dub. D'un autre côté, beaucoup de sound systems qui oeuvrent principalement à une échelle locale dans différents coins de l'hexagone ont été conviés, comme les Lillois de Steppaddict, les Picto-charentais NOFA, les Aixois Jumping Lion, les Parisiens d'Indy Boca, etc. Et plein d'autres dont on vous parlera plus tard. 

 

Premier Jour

Après avoir un peu peiné à trouver l'entrée, on arrive un peu tard sur site. Une fois qu'on a nos bracelets, nos jetons et la première bière, on se dirige vers le chapiteau sonorisé par les Bretons de Legal Shot et on retrouve la deejay Sister Carol et le chanteur Judah Eskender Taffari au micro, deux artistes qu'on ne voit quasiment jamais en Europe ! Plus tard, quand Legal Shot joue Tenor Saw "Golden Hen", King Kong débarque sur le riddim et commencera son showcase avec la reprise du Tenor Saw, puis ses hits comme "Trouble Again", "Legal", "He Was a Friend" ou "Musical Terrorist". On aura raté King Jammy, Max Roméo et sa fille Xana, mais on se rattrapera avec des vidéos glanées sur FB ou Youtube...

On est passé faire un tour au chapiteau Sound Meeting, et comme souvent, ce chapiteau est le plus rempli. On arrive sur Channel One qui passe la main à Entebbe. Au niveau du son, ça plait à certains qui diront que c'est "ruff", ça joue à l'anglaise, mais nos tympans nous ont conseillé d'aller faire un tour ailleurs. Direction le chapiteau de Stand High.

Niveau place pour danser, on gagne pas beaucoup, le chapiteau étant plein à craquer et le public est tout sauf immobile devant la sono à tête de robot des dub a dub muskateers. On arrive sur du Stand High Patrol en pleine forme, ça alterne entre des morceaux hip hop de leur dernier album The Shift, des dubplates de leurs débuts et plein de morceaux assez variés, le tout agrémenté de prises de micro par Pupajim. Leur trompettiste Merry finira d'achever les derniers récalcitrants avec ses impros sur les instrumentales. 

 

Deuxième jour

Dans l'aprem, on a le temps d'aller faire le tour des stands, flâner au soleil et on a la place pour se déplacer facilement dans les chapiteaux. Du coup on restera pas mal de temps à la Sound Meeting Arena, où le Belge Jahmbassador se partage le temps de jeu avec les Anglais Jah Youth et les Autrichiens Shalamanda. Trois sound systems qu'on ne voit quasiment jamais dans le coin, c'est audacieux, et musicalement, on a le droit à de très bonnes surprises. Des dubplates de Daweh Congo jouées par Jah Youth aux Garnett Silk classiques mais qu'on entend rarement aujourd'hui joués par Shalamanda, en passant par des pures sélections roots côté Jahmbassador, on est bieeen. On part faire un tour du côté de la Outernational Arena, qui pour le coup avait un line up 100% local (Innernational?). On y verra entre autres NOFA, Steppaddict et Indy Boca qui ont joué pas mal de dubplates mixées pour l'occasion. Même si ces sounds sont moins connus que sur les autres Arenas, le public était nombreux et l'ambiance excellente sous ce chapiteau. 

De loin, on remarque que ça s'est bien rempli au niveau de la Dub Club Arena, sonorisée par les nantais de RDH Hi Fi. Ils avaient aussi un stand pour présenter le fonctionnement d'un sound system et où ils vendaient les machines qu'ils ont conçu: sirènes, delays, preamps... La sono est ultra bien réglée, la pression est la et les détails aussi. C'est OBF qui est en train de jouer, et Charlie P dévore les riddims. On retrouve un peu la même ambiance qu'à Stand High la veille, un public survolté et extrêmement réceptif.

Malheureusement on a raté Iseo & Dodo Sound, c'est d'autant plus dommage que leur config' était hybride: avec un mix live à la console, une chanteuse et une section cuivre. Ça change, c'est frais. Rattrapage.

 

Troisième jour

Si on aime le Rub a Dub, en plus de Legal Shot le premier jour, il ne fallait pas rater Dj Akademy avec Zion Gate et une ribambelle de MCs le 3eme jour. Ça se passe au camping, sonorisé par Zion Gate (prrrrropre! ) Les deux sounds jouent les galettes, et les MCs se succèdent au micro : Peter Youthman, Jr Roy et Young Kultcha. Rencontre de générations : Dj Akademy et Zion Gate ont commencé dans les 80s, quand aucun des trois MCs était encore né ! 30 ans plus tard, les trois "youths" freestylent sur les faces B des old timers, et ça sera surement les prises de micro les plus intéressantes de tout le festival. L'émulsion qui se crée entre les trois MCs est impressionnante à voir, ils se connaissent bien, se piquent le micro, se le refilent, finissent les phrases de l'autre, ça se marre, ça remet le riddim au début et "come again"! Sur le site en général, le public est très nombreux ce samedi, et pour cause: des pointures du Dub français sont réunies sous le même chapiteau: Miniman, Weeding Dub et Kanka, sur les stacks de Dawa Hi Fi! Mais surtout, il y a King Shiloh dans l'autre chapiteau, qui présente pour la première fois son "Sir Round", système de diffusion à 360°, placé au centre du chapiteau. Ça sonne franchement bien (Shiloh sont réputés pour être bourrins, et la c'était nickel), et la configuration fait qu'on peut profiter de la musique au soleil tout en discutant ou près du stack en immersion. Au niveau des sélections on a droit a u peu de tout, du gros Stepper au Roots. On finira au chapiteau Sound Meeting, où se rencontrent Chalice, Dandelion et Salomon Heritage. Les Montpelliérains Salomon Heritage sont toujours aussi efficace, dubplate sur dubplate, avec des interventions live du trompettiste Aba Ariginals. On apprécie aussi la rondeur de la basse de Chalice, son typique des amplis à lampe. 

 
 

Quatrième jour

Le plus attendu! On va dès 15h sur le camping pour ne pas rater la Sono Mondiale: musiques antillaises, africaines et latines sur la sono de Zion Gate. Super pour perdre 3 litres de flotte, entres Les Aiglons, les Vikings et un Maître Gazonga - "Les Jaloux Saboteurs", dur de rester statique! Histoire de réduire les BPM, on se dirige vers le chapiteau où Gladdy Wax, le spécialiste revival aux gants blancs joue les premiers Ska et Rocksteady du festival. Viens ensuite l'heure du show spécial Studio One: Soul Stereo ouvre le bal avec des dubplates et sélections classiques, le public s'amasse devant les enceintes de Skanking Society. Jusqu'à 21h, les chanteurs de succèderont: on retrouve Alpheus et Winston Francis au début, puis Horace Andy, Joseph Cotton et le tromboniste Carron Mc Gibbon, et 30minutes avant la fin, le Godfather, Johnny Osbourne. C'est un peu dommage de les avoir fait passer chacun son tour, du coup on perd en dynamisme et on a raté les premiers, quand on est allé voir la session Early Digital et Rub a Dub de Indhuman et Dub-4. C'est quand même toujours agréabe de voir des légendes rider des riddims anthologiques, devant un public, sourire aux lèvres, qui s'étale sur trois générations.

 

Tiens, on vous a toujours pas parlé de Jah Shaka ? Il était prévu de 14h à 20 heures (c'est déjà un gros set pour un sexagénaire !) mais on a eu droit à deux heures de rab ! Shaka, quand on l'a déjà vu cinq fois, il y a peu à attendre tellement les sessions en-dehors du Royaume-Uni se ressemblent. Mais on sait aussi que quand il joue seul, et surtout longtemps, on a droit à autre chose, et ça a été le cas. Au début, les mêmes disques que d'habitude, comme Exodus de Bob. Mais au bout d'un moment on commence à entendre des FAT dubplates, notamment un ska digital ultra jazzy dont il a joué trois ou quatre versions. Après ses huit heures de set, le site principal ferme, et on se fait accompagner par l'Ensemble National de Reggae (comme l'an dernier), sorte de fanfare amplifiée, qui guide les festivaliers à la façon d'un Pan Piper, en reprenant des standards à la perfection.

Sur le camping, on finira d'user nos rotules sur d'excellents disques joués par Abubakar, et agrémentés d'interventions de Ras Divarius au Violon ou encore Far East au mélodica. Sans qu'on s'en rende compte, la fin arrive, alors on repart, en pensant déjà à l'année prochaine, et en se disant que si il y a une seule chose qui nous aura manqué pendant ce festival, c'est bien le don d'ubiquité !

Visuel : (c) Dub Camp Festival