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« Soul of a Nation » : afro-centric visions in the age of Black Power

« Soul of a Nation » : afro-centric visions in the age of Black Power

Underground Jazz, Street Funk & the Roots of Rap (1968-79).

Par Jean Rouzaud

C'est peut-être l'une des bandes-son du passé qui entre le mieux en résonance avec notre présent. Quand les journaux du monde entier s'ouvrent régulièrement sur la situation dramatique des noirs aux États-Unis, une sortie sous la houlette de Soul Jazz Records et de la Tate Modern à Londres, intitulé Soul of A Nation – Art in the Age of Black Power, donne à écouter ceux qui ont résisté à l'oppression blanche au fil des décennies. 

La nouvelle compilation Soul Jazz se paie un panorama de l’Afro centrisme US des années 60-70, avec 13 titres et un booklet de 35 pages, ressassant l’historique Civil Rights, Black Power et « Consciousness » tous azimuts.

Car ce fut bien une prise de conscience, martelée par Malcolm X, de l’égalité des droits pour les Noirs en Amérique, après deux siècles d’esclavage et cinq décennies de ségrégation…Martin Luther King y a laissé sa vie, lui aussi assassiné comme Malcolm X. 

Mais dès les années 20, Marcus Garvey s’était élevé pour la dignité noire,  avait prôné un retour vers l’Afrique et les racines, et créé une compagnie maritime, avant de devenir le prophète jamaïcain que l’on a fini par connaître.

Vers 1960, une deuxième « Harlem Renaissance » (après celle des années 20-30), en réalité un grand mouvement de droits civils et de reconnaissance, a lancé toutes sortes de créations, parmi les mouvements pop, hippy et Flower Power…

À Londres, à la Tate Gallery jusqu’à fin octobre, une grosse exposition montre tous ces tableaux, collages, installations, objets, photos et bien sûr poètes et musiciens afro-américains, latinos ou blancs ayant participé à ce mouvement pop et black, au nom de l’identité, de la culture et des apports à la culture US. 

Cette compilation Soul Jazz vient accompagner et appuyer ce revival mal connu en Europe, et montrer les facettes d’un mouvement qui n’a cessé, depuis, de se développer. Avec 13 titres de personnalités et groupes concernés, esprit militant et afrocentrisme à l’honneur.

La couverture du CD est une peinture de Barkley Hendricks, malheureusement coupée, car le personnage est en fait un superman noir à coupe afro et lunettes noires. L’idée était Superman n’a jamais sauvé un noir, signé Bobby Seale, leader militant des droits civiques.

 

L’expo de la Tate Gallery permet de découvrir des artistes inconnus. Et ce disque nous replonge dans une ambiance de révolution, de prise de conscience, de revendications qui se multipliaient du début des années 60 à la fin des seventies, jusqu’à ce que le show biz et la délinquance noient les espoirs et les promesses.

Car aujourd’hui on en est à « Black lives matter », une vie noire compte ( !), au moment la jeunesse afro américaine est en rupture, ou en procédure de justice, et ou une police harassée ressort les armes... Les titres des morceaux, de « la révolution ne sera pas télévisée », à «  est-il déjà trop tard ? » devinait l’issue d’une minorité dispersée dans une nation militarisée, et sous la foi d’une religion , de blancs, chrétiens et fondamentalistes. 

Les musiques sont jazzy, teintées de tambours et de rythmes africains, les chanteurs prêchent, un funk répétitif s’installe, s’orientant vers les percussions ou les cuivres, quand ce ne sont pas des riffs de guitares sautillants ou saccadés, avec de longues tirades , à la façon du Free Speech, teinté de Jazz Cool. 

Gil Scott héron, Don Cherry, Ron Ayers, Oneness of Juju, Sarah Webster et tant d’autres y ont cru et on conseillé l’éveil de la conscience, et la reprise en main des communautés noires par elles mêmes… La suite fut mouvementée et chaotique.  

En attendant, ce morceau d’histoire d’un futur qui n’a pas eu lieu, a permis à nombre d’artistes afro américains de se développer, de s’imposer et d’influencer le monde comme les plus grands représentants de la Pop Music, après le Jazz et le Rythm and Blues ou la Soul. 

Afro-Centric Visions in the Age of Black Power: Underground Jazz, Street Funk & The Roots of Rap 1964-79, Soul Jazz Records

Visuel : (c) Barkley L. Hendricks Icon for My Man Superman (Superman Never Saved any Black People – Bobby Seale) 1969 Collection of Liz and Eric Lefkofsky © Estate of Barkley L. Hendricks. Courtesy of Jack Shainman Gallery, New York. Superman S-Shield © & ™ DC Comics