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Où en est-on avec le pop-art ?

Les icônes du pop art exposées au Musée Maillol.

C'est sans doute l'un des rendez-vous les plus attendus de l'automne-hiver : l'exposition sur le pop art, qui ouvre ses portes aujourd'hui au Musée Maillol. L’occasion pour Éduardo Rihan Cypel de nous parler de la portée de ce mouvement, et de son actualité aujourd'hui.

POP ART - Icons that matter

On a comme une drôle d'impression en entrant à l'expo POP ART - Icons that matter au musée Maillol. Une tension légère nous prend dès le début, à nous confondre entre les objets de l'expo et les objets de la boutique au rez-de-chaussée du musée de la rue de Grenelle. 

Mel Ramos, Tobacco Rhoda

Impression qui s'estompe en quelques pas dès qu'on rentre de plus près dans le vif des œuvres, qui ne laissent plus aucun doute quant à la nature de l'objet. Le pop art est comme cela : un coup de poing dans la figure de l’homme moderne.

Le pop art est né au début des années 1960, quand la société industrielle de masse est en plein essor aux États-Unis. Ces jeunes artistes, de Raischenberg à Warhol, en passant par Lichtenstein ou Oldenburg ou encore Jasper Johns, se mettent à utiliser les objets et les images de la société de consommation, les détournent, les agrandissent, les répètent.

« Ce n’est pas de l’art, c’est trop facile de reproduire les choses du quotidien ! »

Cette génération a subi les pires critiques, à l’époque. « Ce n’est pas de l’art, c’est trop facile de reproduire les choses du quotidien ! » Comme tout mouvement réellement novateur, le pop art a fait l'objet de ces critiques. Mais ces critiques passent à côté de l'essentiel. Le Popisme, pour reprendre l'expression - non sans ironie - d’Andy Warhol, vise à libérer notre regard de l'asservissement provoqué par les images et les objets envahissants de la société de consommation de masse. En reproduisant les objets tout en les détournant, le pop art lance une attaque frontale contre l'aliénation de la perception de l'homme devenu consommateur. L'art pop est une critique radicale de la société du spectacle er de ces nouveaux idoles, telle Marylin.

En prenant un objet et en le privant de toute fonction, comme dit l'affirme l'artiste Oldenburg, le pop art réalise une opération qui casse l'enfermement perceptif que nous subissons dans le flux continu d'images er d'objets qui nous envahissent au quotidien.

« Le pop art lui-même est devenu un objet de consommation »

Aujourd’hui, au sein d’une société encore plus saturée par les images et les objets de consommation, le pop art lui-même est devenu un objet de consommation, avec ses posters, ses mugs et tous les gadgets en vente partout. 

Allan D’Arcangelo, Madonna and Child

Mais je crois que la démarche du pop art est plus que jamais salutaire pour nous aujourd'hui. Nous sommes au paroxysme de la société du spectacle et de la consommation de masse. Les données ont certes évolué en profondeur mais s'il y a une civilisation saturée d'images sans fin, c'est la nôtre.

Comment ne pas laisser notre perception et nos corps être asservis par le prêt-à-porter des images et objets du quotidien ? Cette démarche critique du pop art est à réinventer, sans quoi nous serons condamnés à l'aliénation de l'homme uni-dimensionnel pour reprendre l'idée du penseur critique de la société industrielle avancée, le grand philosophe Herbert Marcuse.

L'expérience pop art au musée Maillol est belle. Elle est sans doute obligatoire. Elle est certainement libératrice.

POP ART - Icons that matter, Musée Maillol, Paris, du 22 septembre 2017 au 21 janvier 2018

On a toujours des places à vous filer pour l'expo qui s'étend encore pendant un mois. Ne manquez pas le mot de passe sur la page Nova Aime.

 

 

Visuel © Musée Maillol

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