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Michael Imperioli : « Mon ami Lou Reed »

Une heure avec l’inoubliable Christopher des « Soprano », auteur d’un modeste premier roman hanté par le rocker new-yorkais.

 

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« Je n’étais encore jamais entré dans un bar. Ou plutôt, je n’étais  jamais entré dans un bar sans mon père. J’ai atterri avec Lou dans un bouge exigu et sombre près du métro de la 59e Rue, qui sentait la bière rance, le moisi, la cigarette et la sueur. Une douzaine d’hommes, pas une femme, se tenaient assis sur des tabourets, perdus dans la contemplation silencieuse de l’alcool, de la nicotine et des regrets. »

Lou Reed, mentor raide et involontaire d’un adolescent prude et prudent de la fin des seventies ? C’est le propos de Wild side, premier roman de l’acteur américain Michael Imperioli, 52 ans – ouaip, l’interprète inoubliable du grotesque et bouleversant Christopher Moltisanti, dans Les Soprano (1999-2007) – dont la traduction vient de paraître aux éditions Autrement. Qui nous balade un an, donc, dans la vie d’un « parfait novice en matière de drogue, alcool, sexe, clopes et rock’n’roll », devenu du jour au lendemain l’assistant personnel de son voisin, « un petit homme maigre, habillé tout en noir, avec de grosses lunettes de soleil opaques et les cheveux très courts blonds décolorés », titubant à New York en 1976… 

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Lou Reed, croix gammée sur le crâne, que le critique Lester Bangs décrivait à cette époque avec des mots plus fleuris : « Un pervers complètement dépravé, un pathétique nain mortifère, un menteur, un talent gâché, un pousse-au-crime qui exploite le nihilisme débile de cette génération qui n’a même pas le courage de se suicider. » Bangs encore, relativisant : « Lou Reed est le type qui a donné poésie, dignité et rock’n’roll au smack, au speed, à l’homosexualité, au sadomasochisme, au meurtre, à la misogynie, à la passivité alcoolisée avant de se renier pour transformer tout ça en plaisanterie de mauvais goût dont il serait lui-même l’objet. » Conclusion affectueuse : « Lou Reed est mon héros parce qu’il incarne les choses les plus déglinguées que j’aie jamais pu imaginer. »

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Un parfait modèle pour la jeunesse, évidemment, qui traverse le roman de Michael Imperioli comme un spectre snob et absent, mais tendre envers son disciple dont il peine à mémoriser le prénom. D’où l’envie urgente de voir le Lou à travers les yeux de cet acteur intense, apprécié chez Scorsese ou Spike Lee, les tempes désormais grisonnantes, le bras gauche recouvert d’un bracelet de prières bouddhiste, qui s’affirme « hanté » par Candide, fraternellement secoué par les déambulations existentielles du jeune Holden Caulfield dans L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger et…  toujours ému quand il évoque son travail avec le regretté James Gandolfini, dont il nous parle dans la vidéo ci-dessous. « Think, Christopher, Think ! »

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Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Traduction des propos de M. Imperioli : Héloïse Esquié. Photos, vidéo : Clémentine Spiler.

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