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Shadok’n’roll

Avec les oiseaux stupides de Jacques Rouxel, une biographie dessinée de Vince Taylor, Snoopy contre le Baron Rouge ou la jeunesse chevelue de Joe Sacco.

But I like it

« Bien sûr, ils sont stupides ces animaux. C’est stupide de pomper dans le vide, mais c’est leur nature de faire des choses stupides. Ce qui gêne les téléspectateurs, c’est que notre dessin animé ne se raccroche à rien de réel. Il faut faire un effort d’imagination. Les Shadoks sont des oiseaux et les Gibis des petits cochons d’Inde. Il ne faut pas les regarder avec logique. Quand Lewis Carroll a écrit Alice au pays des merveilles, il ne s’est pas soucié de savoir si son histoire était vraisemblable ou pas. Les fables de La Fontaine aussi sont invraisemblables. Nous n’avons pas pensé aux enfants. Les Shadoks sont méchants, ils illustrent la bêtise, aussi absurdes que des automobilistes qui veulent doubler à tout prix. Dans la vie, ce qui me fait rire, ce sont des histoires de fous : celles d’Alphonse Allais ou de James Thurber. »

29  avril 1968. La France du général de Gaulle découvre un dessin animé rigoureusement absurde qui, à raison de deux minutes quotidiennes diffusées juste avant le journal télévisé, s’attache à décrire les manœuvres pompières d’une tribu d’oiseaux idiots qui cherchent à fuir leur planète instable pour envahir la Terre – en essayant d’arriver avant leurs concurrents directs, les Gibis, « des espèces de saucisses sur pattes affublées de chapeaux melons et d’une intelligence supérieure ».

snoopy

Ainsi que le rappelle Thierry Dejean dans l’ouvrage Les Shadoks de Jacques Rouxel, au sujet de ces fichus piafs génialement débiles qui suscitèrent un débat national, et composé à partir d’archives inédites (story-boards, croquis, scénarios) désormais visibles aux éditions Hoëbeke. 

Autre créature adorable née à coups de crayons : le Snoopy de Charles Schulz (1950-2000), auquel le critique Nicolas Tellop consacre une brève Theory sur ce « métaphysicien en puissance » (métaphysi-chien ?) qui s’applique à « déterrer l’os de notre conscience » avec plus de profondeur qu’il n’y paraît (éditions Le Murmure). Profondes également sont les blessures de Vince Taylor L’Ange Noir du rock, héros d’une biographie dessinée signée Marc Malès et Arnaud Le Gouëfflec (éditions Glénat). 

Vanité

Dans sa jeunesse chevelue, le dessinateur américain Joe Sacco, connu pour la qualité de ses reportages dans des pays en guerre, aimait plutôt couvrir concerts épiques, battle de riffs et corps-à-corps périlleux avec les groupies, évoquées dans l’anthologie But I Like It (éditions Futuropolis). Mais cette époque est derrière lui, maintenant : le temps file, il faut le chérir, tenter de le capturer à la faveur de quelques traits avant qu’il ne nous échappe, comme Etienne Lécroart dans le superbe, simple et bouleversant Vanité (éditions L’Association). Ga-bu-zo-meu !

Une émission conçue et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Programmation musicale : Michael Liot et Guillaume Girault.

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par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

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