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Quand les plateformes de streaming permettent de libérer des paroles censurées

Quand les plateformes de streaming permettent de libérer des paroles censurées

Des journalistes et musiciens se sont associés pour transformer des articles censurés en chansons pop.

Par Morane Aubert

« The Uncensored Playlist » est un nouveau projet lancé par le bureau allemand de Reporters sans frontières. Sophie Marchand vous en parlait dans le Nova Club hier, piqûre de rappel : le projet réunit des journalistes et des musiciens afin de propager des histoires d’actualité censurées à travers le monde, via les plateformes de streaming, Spotify, Deezer et Apple Music. Pour ça, RSF a fait appel à cinq musiciens basés en Chine, en Egypte, en Thailande, en Ouzbékistan et au Vietnam. C’est le directeur musical Lucas Mayer qui, en collaboration avec ces artistes, a été chargé de transformer 10 articles d’actualité censurés en 10 morceaux pop non censurés. Il explique : « Pour nous c’était vital de rester au plus près de ce que les articles disaient quand on a commencé à produire les morceaux. »

Parmi les auteurs censurés, on retrouve notamment le journaliste chinois Chang Ping, renvoyé de plusieurs postes, après avoir questionné la politique chinoise au Tibet notamment. Il intervient dans deux morceaux (« Speech Is Freedom » et « Freedom Cage ») aux paroles transparentes :  « Mon nom est Chang Ping / Il y a dix ans j’ai été viré pour du reportage critique / Désormais le gouvernement d’Hong Kong ne me donne plus la permission de travailler là-bas / Ma famille et moi vivons maintenant en exil ». 

Comme le rapporte Pitchfork, les morceaux ont été enregistrés en anglais mais aussi dans la langue maternelle de chaque individu. Pour sa sortie internationale, les journalistes sont crédités de leur nom pour chacun des morceaux. Cependant, pour les protéger dans leurs propres pays, les titres ont été changés et les noms remplacés par des alias pour les sorties nationales de la playlist. « Au-delà d'une collecte de fonds ou d'un effort de sensibilisation, nous sommes heureux d'exposer d'une manière unique, une musique faisant office de cheval de Troie, en quelque sort, afin de permettre à ces histoires censurées d'être diffusées dans le monde entier », explique, dans un communiqué, Bianca Dordea de l'agence DDB qui a participé au projet. 

« The Uncensored Playlist » s’accompagne d’une vidéo à visionner plus haut. L’intégralité des paroles des morceaux ainsi que les profils des personnes ayant participé au projet sont à retrouver sur le site internet du projet

Visuel : © Capture d'écran Viméo