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Le web est mort, vive le web

Il faut regarder les choses en face, Internet c’est plus ce que c’était. Le web est mort, cané, dead, KO..

Voilà, on est le 3 juillet 2017, et aujourd’hui nous sommes en mesure de dire que le web est bel et bien mort.

Bien sûr, il est encore possible de se connecter à internet, de naviguer sur des pages, de surfer comme on aimait le dire jadis…

Mais le web, tel qu’il a été conçu, rêvé, idéalisé… bref tel qu'il a été pensé par les utopistes du numérique qui en sont à l’origine, et bien celui là est mort. Voire, il faut être honnête avec nous même, n’a jamais vraiment existé. Et c’est ce que je vais tâcher de vous montrer tous les matins de ce mois de juillet : toutes les grandes tendances récentes tendent à montrer que le web n’existe pas ou plus.

Qu'est-ce que c'était que cette utopie du web ? Un espace de partage, ouvert, libre, horizontal, transparent...

Et c’est Tim Berners-Lee, inventeur lui-même du World Wide Web, qui l’a reconnu cette année dans une tribune pleine de lucidité… une tribune historique... et qui sonnait en même temps comme un appel au secours pour sauver le web en train de mourir : en tous cas, le web ouvert et utopique qu’il avait imaginé est en danger. C'est la grosse tendance selon lui des derniers mois. Notamment, en raison de l’absence de protection des données, en raison du phénomène des fake news et à cause de la publicité politique.

Alors tout au long de ce mois de juillet, on va se faire un peu le prolongement de cette tribune, qui d'après moi était une pierre angulaire de la pensée numérique de cette année... et on va aller encore plus loin en prenant les sujets sur lesquels le web ne remplit plus ses promesses : neutralité du net, démocratie, culture du partage, avènement de l’amateur, porno… important le porno ! n’oublions pas que plus du tiers des contenus consommés ou échangés sur internet sont du porn.

Le web est donc cassé. C'est un vrai fail pour les utopistes du numérique. Vous savez que sur Internet on adore les fails, les ratés, les échecs… c’est toujours un régal pour le sarcasme des réseaux sociaux. Là on a le fail ultime : le fail du web lui-même !

Et si finalement... et si... ce fail était une bonne nouvelle ?!

Parce qu'en matière de numérique et d’innovation plus généralement, le fail est nécessaire, voire bénéfique.

C’est même devenu une nouvelle religion chez les startupers de la Silicon Valley. 

“Fail again, fail better”. “Échoue encore, échoue mieux”. La phrase est de Samuel Beckett. Et elle a largement été détournée et récupérée par le petit monde de l’innovation.

Travis Kalanick, le fondateur d'Uber, aime raconter ses procès et investissements ratés... Eric Schmidt, ex patron de Google, parait-il "célébre ses échecs".

Et l'échec a même sa conférence, la Failcon, où investisseurs et entrepreneurs viennent échanger sur leurs fours respectifs. 

L'éloge du fail veut d'un côté inciter les entrepreneurs à se lâcher, à ne pas avoir peur, à foncer tête baisser. « C'est comme ça mon gars qu'on y arrive. Y a pas de honte si tu te plantes ! »

De l'autre, c'est une mode, un snobisme. Une pirouette intellectuelle qui excite ceux qui ont déjà réussi.

Et figurez-vous, signe de l'époque et de ses contradictions... que le premier musée du fail a ouvert le mois dernier en Suède !

C'est un psychologue américain qui en est à l'origine, et il compte ainsi sensibiliser le public aux vertues de l'échec. Et ce n'est pas du tout une blague. Y sont exposés les plus gros bides commerciaux. Et parmi les œuvres des loosers, on trouve un jeu de plateau type Monopoly inventé par... Donald Trump !

L’époque est donc à l’apologie du fail, comme une fascination pour ces futurs qui ne sont jamais advenus, comme une uchronie qui nous rassure sur notre présent, nos succès et sur les innovations réussies.

Si l'innovation s'appuie sur une prétendue culture du fail, rien d'étonnant à ce que le web lui-même doivent en passer par la case échec.

Si le web utopique est un fiasco, c’est donc sans doute qu’il a été mal conçu. C’est donc une bonne nouvelle. Reste à nous d’inventer un web meilleur.

Web is dead
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Web is dead

Par Christophe Payet
du lundi au vendredi dans la matinale de l'été

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