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Thomas Zribi et les athlètes d’Abu-Dhabi

Thomas Zribi et les athlètes d’Abu-Dhabi

Dans Plus Près De Toi, la chronique hebdo de Thomas Zribi.

Par Thomas Zribi

À Abu-Dhabi, des athlètes arabes refusent de saluer leur homologues israéliens..

Dans le même temps, en Égypte, Mohamed Helmy est le premier arabe a avoir reçu la distinction de Juste…

Dans Plus Près De Toi, la chronique hebdo de Thomas Zribi

« Je voudrais vous parler de ce qui s’est passé au tournoi de judo d’Abou Dhabi la semaine dernière. C’est un tournoi très important, un grand chelem, organisé par la Fédération internationale de judo, toutes les nationalités y sont représentées.

À Abu-Dhabi, pas de drapeau israélien hissé

Tout se passait bien, jusqu’à ce que cinq athlètes israéliens remportent des médailles. Quatre de bronze et une d’or.

Panique chez les organisateurs : la pratique dans les compétitions sportives internationales, lors du podium, c’est que les drapeaux des pays des médaillés soient hissés, pendant qu’on joue l’hymne national du vainqueur.

Et on a assisté à des scènes complètement absurdes, vu que les Émirats arabes unis, les organisateurs, qui ne reconnaissent pas l’existence d’Israël, refusaient qu’un quelconque symbole de l’État hébreu ne soit présenté.

Résultat, pendant la remise des médailles, c’est le drapeau de la fédération internationale de judo que l’on a vu à la place du drapeau israélien...

Plus absurde encore : quand Tal Flicker, qui a remporté la première place, s’est présenté sur la plus haute marche du podium, les organisateurs ont refusé de diffuser l’hymne israélien. À la place ils ont passé l’hymne de la fédération internationale de judo.

Ça ne s’arrête pas là : deux athlètes venant de pays arabes, un égyptien et une marocaine, ont refusé de serrer la main de leur adversaire israélien. Il y a une vidéo qui tourne sur Internet où l’on voit carrément la judoka marocaine s’enfuir à la fin du combat pour ne pas avoir à saluer la judoka israélienne.

Bref une collection de situations grotesques, tout cela sur un tatami, qui n’est, aux dernières nouvelles, ni un champ de bataille ni une table de négociations.

Et en Égypte, le premier arabe nommé Juste

Le hasard a fait que cette semaine, un autre événement a eu lieu. Une jolie histoire cette fois-ci, qui, selon moi, démontre l’inverse de ce qui s’est passé au tournoi de judo d’Abou Dhabi.

Nasser Kotbi
(c) Inga Kjer

Une cérémonie a eu lieu en Allemagne samedi dernier. Nasser Kutbi, un médecin égyptien de 81 ans, a reçu au nom de son grand-oncle la médaille de Juste parmi les Nations.

Cette médaille récompense les gens qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale au péril de leur propre vie.

Le grand-oncle de ce monsieur s’appelait Mohamed Helmy, il était lui aussi médecin, et vivait à Berlin pendant la guerre.

En 1937 il est renvoyé de l’hôpital, car il n’est pas aryen, et n’a donc pas le droit de travailler dans la santé publique. 2 ans plus tard, au nom des lois racistes, il est arrêté avec d’autres égyptiens, et passe un an en prison.

À sa sortie il décide de cacher chez lui une jeune femme juive, sa mère, son beau-père, et sa grand-mère, et cela pendant toute la durée de la guerre.

À l’époque, le fait de cacher des Juifs était passible de la peine de capitale.

Il y a quelques années, les descendants de cette famille juive ont souhaité que Mohamed Helmy, qui est mort en 1982, soit reconnu Juste parmi les Nations à titre posthume.

C’est ce qui est arrivé en 2013.

Le docteur n’avait pas eu d’enfants, il fallait donc trouver d’autres membres de sa famille pour recevoir la médaille.

Mais il s’est passé à peu près la même chose que sur les tatamis d’Abou Dhabi.

Les premiers membres de la famille qui ont été contactés ont refusé de recevoir cette distinction au nom de leur ancêtre car Yad Vashem, l’organisme qui la décerne, est basé en Israël.

Cela faisait donc quatre ans que Yad Vashem attendait qu’un autre descendant se manifeste. Et finalement le petit neveu de Mohamed Helmy, a décidé de le représenter.

Ce n’est pas un détail : grâce à lui, Mohamed Helmy est devenu le premier arabe à recevoir cette distinction.

Et cela pourrait donner des idées à d’autres. On sait par exemple, que la Grande mosquée de Paris a aidé des juifs à se cacher pendant la guerre. Ou que le roi du Maroc Mohamed 5 a refusé d’appliquer les lois de Vichy sur son territoire, ce qui a protégé les 250 000 juifs qui y vivaient à l’époque.

Le petit-neveu du docteur Helmy a tout de même refusé d’aller en Israël pour recevoir la médaille. La cérémonie s’est déroulée au ministère des Affaires étrangères allemand. Mais c’est l’ambassadeur israélien en Allemagne qui la lui a remis. Ils se sont serrés la main, personne ne s’est enfui pour éviter de se saluer.

Le vieux monsieur a même raconté qu’il avait des bons souvenirs de l’époque, où, en Égypte, Juifs Chrétiens et musulmans vivaient côte à côte.

C’est une scène qu’il faudrait sans doute montrer aux organisateurs du tournoi de judo d’Abou Dhabi. »