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« Exil » de Tony Gatlif

Tony Gatlif l’aventurier

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud
© « Exils » de Tony Gatlif
© « Exils » de Tony Gatlif

C’est à la projection de Latcho Drom à l’Opéra de Paris que j’ai découvert Tony Gatlif. Ce film montrait par étapes le long chemin des gitans chassés de l’Inde (Rajasthan)  par les invasions mogholes, jusqu’en Andalousie…

Et justement, j’apprenais le Flamenco et  j’avais souvent séjourné en Inde et en Andalousie. Je savais d’où venait le Flamenco andalou et je suais sur les 16 temps des Bulerías, Alegrías, Farrucas… et toutes les autres danses, originaires de l’Inde et de ses ragas… Le pèlerinage du Rocio que j’avais fait pour Actuel en Andalousie avait achevé de me gitaniser.

Puis, à Nova, nous avions tenté un parcours musical gitan (avec la Fnac) et les superbes musiques indiennes, turques, bulgares, roumaines, égyptiennes, marocaines et espagnoles qui égrainaient la trainée d’or des accords gitans…

Tony Gatlif
© Tony Gatlif
« Les Princes » de Tony Gatlif
© « Les Princes » de Tony Gatlif

Enfin face à Tony, j’avais aimé sa spontanéité, me parlant des aspects gitans rugueux ou mythologiques : ils étaient coupables d’avoir forgé les clous de la croix du Christ (!), légendes maudites ou contes secrets ancestraux.

 Car en plus d’être éleveurs, forgerons, musiciens, danseurs, devins, ils abritent encore quelques mystères, comme l’invention du cirque, des clowns, via les danses et costumes, du genre Kathakali… (Inde)

En plus, Tony venait d’Algérie et comme moi, il avait été chassé du pays en 1962, au même âge, souvenir commun spécial…

Et s’il fallait en rajouter, c’est 20 ans plus tard que je le retrouvais à Cuba, dans un Solar (cour) de La Havane, en plein tournage sur un jeune rumbero cubain, entouré de tamboreros déchainés, et de femmes en blanc, exécutant des Rumbas autour de l’arbre central de la cour, rite de la Santería (vaudou cubain), en l’occurrence, un hommage à Lucumi, la langue yoruba présente dans la liturgie de la Santería, mêlée de bantou et d’espagnol…

Le feeling gitan est spécial, sous l’apparence fiévreuse, il y a une culture séculaire, très ancienne… Toujours underground !

Ses films reportages sont directs, fascinants. Dans les communautés gitanes (Roms, Sintis, quel que soit le nom de ces éternels immigrés), il est l’un des rares en France à pouvoir entrer librement, filmer et comprendre… Le feeling gitan est spécial, sous l’apparence fiévreuse, il y a une culture séculaire, très ancienne… Toujours underground !

« Gadjo Dilo » de Tony Gatlif
© « Gadjo Dilo » de Tony Gatlif

Puis Tony Gatlif est devenu célèbre, honoré à juste titre, il a tenté bien des films et des histoires pour nous faire entrer dans les légendes et les mœurs des gitans, avec son regard direct, innocent.

Tony Gatlif. Canta Gitano

Je rends hommage à l’homme élégant, qui a su entrouvrir délicatement la porte de la roulotte où nous avons tous envie d’entrer. La culture gitane a ensemencé beaucoup de musiques dans le monde entier (un peu comme la Jamaïque ou Cuba).

Il a fallu attendre le XIXe siècle pour s’apercevoir que ces gitans, manouches, romanichels, Sintis, venaient de l’Inde car leur langue était issue du Sanscrit ! Jusque-là, ils s’imaginaient eux-mêmes turques, égyptiens (gypsies), ou roumains…

ARTE sort un gros coffret de films de Tony le voyageur et des musiques de ses films. C’est rare.

Tony Gatlif. Canta Gitano. Coffret ARTE. Sept films, (dont deux inédits), trois courts-métrages. Un CD musical + un livret de 40 pages et de nombreux suppléments.

© « Corre Gitano » de Tony Gatlif
© « Corre Gitano » de Tony Gatlif

Visuel en Une © Exil de Tony Gatlif