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Vingt-trois ans en prison, pour un double meurtre que l’on n’a pas commis...

Vingt-trois ans en prison, pour un double meurtre que l’on n’a pas commis...

La chronique hebdo de Thomas Zribi, dans Plus Près De Toi.

Par Bastien Stisi

Passer 23 ans en prison pour un double meurtre que l’on a pas commis. C’était en 1994, et c’est le sujet de la chronique du jour de Thomas Zribi, dans Plus Près De Toi.

Je voudrais vous parler d’une enquête publiée dans le New York Times cette
semaine. Ou plus précisément d’une contre-enquête.

Le journal américain a tenté d’expliquer pourquoi un homme avait passé 23 ans en prison pour un double meurtre qu’il n’avait pas commis. Je vous raconte l’affaire. En 1994, à Kansas City, deux dealers sont retrouvés assassinés dans une voiture. La police arrête très vite un suspect de 17 ans.

Il s’appelle Lamonte McIntyre, il est noir, pauvre, inconnu de la justice. Et il est très rapidement condamné à une double peine de prison à perpétuité. En octobre dernier, 23 ans plus tard, Lamonte McIntyre a été relâché. Le procureur a déclaré dans un communiqué qu’il avait été victime – je cite-d’une « injustice manifeste ».

Le New York Times révèle que l’enquête qui a mené à sa condamnation est un exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire.

Aucune preuve matérielle : ni empreinte digitale, ni prélèvement ADN. L’accusé ne connaissait pas les victimes, il n’avait aucune raison valable de s’en prendre à eux. Au moment du double meurtre, il était à l’autre bout de la ville, accompagné. Il a été défendu par un avocat commis d’office qui a très mal fait son travail. Sa condamnation n’a reposé que sur le témoignage d’une femme qui a affirmé dans un premier temps l’avoir reconnu sur la scène de crime, avant de se rétracter.

Une erreur judiciaire flagrante, donc. Et le pire c’est qu’elle n’est pas isolée du tout aux États-Unis. Régulièrement la presse raconte l’histoire d’hommes et de femmes, libérés après des années et des années de prison, dont l’innocence a fini par être démontrée.

Souvent ce sont des associations qui font le boulot que la justice ne fait pas, en reprenant et en démontant les enquêtes depuis le début.

Derniers exemples : il y a trois ans, Ricky Jackson sort de prison après 39 ans derrière les barreaux. Condamné à mort pour meurtre sur la base d’un seul témoignage. Le témoin a fini par se rétracter, Ricky Jackson a été innocenté.

En novembre dernier Wilbert Jones sort lui de prison après 46 ans, condamné pour enlèvement et viol. Même schéma : un seul témoin, une enquête bâclée. Il est déclaré innocent.

D’après les statistiques américaines, 1900 personnes ont été innocentées après avoir été condamnées depuis 1989. Et depuis l’utilisation des tests ADN, de plus en plus d’erreurs judiciaires sont révélées.

Le profil des condamnés à tort est souvent le même : des jeunes hommes, pauvres, et très souvent des noirs.

Sur ce point précis des études ont été menées : près de la moitié des 1900
personnes innocentées depuis 1989 sont des noirs. Et dans de nombreux
cas, les préjugés racistes des policiers, juges, et des jurés sont évidents.

Dans le cas de Lamonte McIntyre, l’homme dont le cas a été étudié par le
New York Times, c’est un autre aspect de l’enquête qui rend cette affaire
particulière.

Le policier qui était aux manettes à l’époque connaissait la mère de Lamonte McIntyre. D’après elle, bien avant l’histoire du double meurtre, ce policier l’avait violée, en la menaçant si elle ne cédait pas, de s’en prendre à son petit ami. Puis il l’avait poursuivie pendant une longue période, en lui faisant des avances, qu’elle avait repoussées. D’après le New York Times, c’est peut-être pour se venger d’elle que le policier a fabriqué de toutes pièces un dossier contre son fils.

La semaine dernière, le procureur de Kansas City a annoncé l’ouverture d’une enquête contre ce policier. Mais pas de mise en examen pour l’instant, l’homme coule aujourd’hui une retraite paisible. En revanche la nouvelle vie de Lamonte McIntyre risque de ne pas être simple. Trente-deux États américains prévoient des compensations financières pour les victimes d’erreurs judiciaires. Mais pas l’État du Kansas. Il ne touchera donc pas un seul dollar pour ses 23 années passées en prison.