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Comment rater sa vie amoureuse à l’heure numérique

Comment rater sa vie amoureuse à l’heure numérique

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Si l’auteur avoue dans son sous-titre que les trafics sentimentalo-sexuels sur le net aboutissent généralement à une déception, alors je ne peux qu’enfoncer le clou ?

Les histoires d'amour finissent mal en général ? Et surtout sur le web ?

Sex Friends. Comment (bien) rater sa vie amoureuse à l’ère numérique ! Voilà ce titre boiteux, qui se nie lui-même !

« Les histoires d’amour finissent mal en général », clamaient les Rita Mitsouko… Richard Mémeteau,  auteur de cet essai et explorateur têtu des sites de rencontres, en rajoute une couche en passant en revue tous les quiproquos, mensonges, arnaques et déceptions des sites de rencontres, alors quoi ?

D’un côté on nous répète que ces sites offrent un choix immense, et, même localement, des possibilités de rencontres comme on n’en a jamais connu… D’un autre, ils illustrent chaque jour les tentations de tromperies et dissimulations des candidats.

L’amour vient des rencontres certes, mais ensuite il faut du temps, du vécu ensemble, de la réflexion et beaucoup de sincérité pour arriver à une possibilité d’entente. 

Mais si on commence par le sexe comme préambule, alors il y a un GROS défaut, d’où les dérapages et les blocages… Mais tout le monde sait que c’est foireux comme méthode, à moins que ce ne soit clairement annoncé : un rapport sexuel vite fait ??? 

Alors ce ne peut être que tarifé : un homme ou une femme loue son corps, mais ça a un autre nom. On préfère l’hypocrisie de la soi-disant « rencontre »…

L’auteur de cet essai énumère donc exemples et sites (je refuse de répéter leurs noms) et aboutit à un panorama assez désolant d’obsédés qui n’espèrent même pas un résultat, mais qui jouent sur l’idée de  vrai « projet », mentant piteusement sur leurs « bonnes » intentions !

Il est pathétique de voir que ce miroir aux alouettes fonctionne encore, mais comme un jeu de rôles, ou chacun se fantasme, et cherche un complice à ce pari sans gagnant.

Black Mirror
Visuel © Black Mirror

Car même si on trouve LA personne idéale : physique, milieu, revenus et même adresse, ce sera la tête qui ne suit pas, et le détail qui cloche !

La misère sexuelle ne suffit pas à tomber dans les mailles de ce  vieux filet de cul, qui ne ramène aucun poisson. C’est autre chose… Le livre se veut « branché », plus pointu, citant des trucs « in », toutes sortes d’anecdotes et d’études qui tournent un peu à vide…

Je persiste à penser qu’il s’agit d’une sorte de jeu, de curiosité osée. Hommes et femmes vont faire un tour dans ce jardin artificiel aux plantes vénéneuses, puis s’en retournent à leur jardin secret…

Sex Friends  Comment (bien) rater sa vie amoureuse  à l’ère numérique

Exigence zéro ?

Les quelques couples qui se sont ainsi « formés » sont des accidents, ou des partenaires exceptionnellement faciles à satisfaire. Exigence zéro ?

Ce livre vous rendra compte d’une situation globale insatisfaisante, qui tâtonne, poussée par la fausse naïveté et la perversion mondiale autour du virtuel, reliée à son opposé : le sexe et les sentiments (comme un monstre dont la tête et la queue disparates l’empêcheraient d’exister).

À tous les solitaires, les abandonnés du marché affectif et sexuel, je préfère répéter : rencontrez-vous vraiment, abordez-vous gentiment. Un vrai refus vaut mieux qu’une fausse rencontre.

Ou alors nous sommes entrés dans un monde truqué, désorienté, à force de cynisme, de désordre et de bidonnage, et qui s’en remet à la technologie comme bouée de sauvetage.

À la fin, l’auteur, désabusé, conclut : le sexe pur n’existe pas… La drague ne fonctionne pas comme un marché… Et il continue d’espérer que, amélioré par nos erreurs, nous finirons par inventer un « écosystème de confiance réciproque »… Bonne chance !

Désert © Getty Images / Andrew Lichtenstein
© Getty Images / Andrew Lichtenstein

Sex Friends  Comment (bien) rater sa vie amoureuse  à l’ère numérique. Par Richard Mèmeteau. Éditions La Découverte. Collection Zones. 190 pages. 17 euros.