Tous les humains en possèdent 5 millions en moyenne. Non, ce ne sont pas des euros, des terminaisons nerveuses ou des raisons d’arrêter de bosser, mais… des poils ! C’est l’une des très nombreuses découvertes que vous ferez à la lecture de la BD de Lili Sohn, qui a décidé d’arrêter de s’épiler toute une année, pour mener une enquête… au poil.
Dans les premières pages de sa bande dessinée, tout simplement titrée Nos Poils, Lili Sohn dresse une liste carrément percutante. Elle y répertorie les trucs qu’elle s’est déjà empêchée ou obligée à faire parce qu’elle n’était pas épilée : mettre un pantalon alors qu’il fait chaud, se retenir de lever les bras, ne pas aller se baigner, ne pas faire l’amour alors qu’elle en avait envie, planifier ses épilations pour coller aux vacances… La mise en pratique concrète du diktat du glabre féminin dans la vie quotidienne de tellement d’entre nous.
Une BD qui nous apprend à réellement connaître « Nos Poils »
Nos Poils. Le titre du bouquin nous met tous et toutes dans le même bateau, et à raison. Lili Sohn, qui, comme beaucoup, à commencé à s’épiler à 12 ans, nous embarque dans un an d’exploration, de questionnements et d’expériences. On navigue entre son carnet de bord, qu’elle appelle “carnet de débordement”, et une véritable histoire et anatomie du poil à travers la science et l’histoire.
L’ouvrage nous apprend ainsi qu’on a autant de poils sur le corps qu’il y a d’habitants en Irlande, soit 5 millions. On découvre aussi que notre épiderme est peuplé de muscles pilo-érecteurs, ceux qui dressent les poils lorsqu’on a la chair de poule. Lili Sohn nous rappelle aussi à quoi il sert : réguler la transpiration, protéger les muqueuses des microbes, transmettre des sensations… Surtout, elle nous rappelle que ce n’est pas le porno qui a épilé les femmes, puisque la première pince à épiler est apparue… 1100 ans avant J-C. En fait, si les normes et les modes ont varié, cela fait bien longtemps que les poils symbolisent à la fois la sagesse et un côté animal. De la Grèce Antique à l’Empire Romain, des Vikings aux Croisades Chrétiennes, les pratiques lui ont attribué des connotations différentes. Les illustrations de la Bible elle-même représentent « la femme lisse en déesse et la femme poilue en prostituée« . Épiler les corps (et surtout les chattes) permettait d’ôter aux femmes « toute animalité, toute pulsion et donc tout désir sexuel » résume Lili Sohn.
S’épiler, c’est 1402 heures de votre vie et ça coûte 25 500 euros
Lili Sohn fait aussi l’anatomie de tous les moyens existants pour s’épiler, des niveaux de douleurs, de l’impact écologique, du prix, mais aussi du temps passé. Ainsi, quelqu’un qui s’épile à la cire deux fois par mois y passera, sur toute sa vie, 1402 heures et y laissera 25 500 euros. L’histoire du poil s’étend jusqu’au combat contemporain pour la visibilisation de l’intime, autour de 2015. C’est l’époque où Miley Cyrus teint ses poils d’aisselles en rose, où on commence à se dire que le liquide bleu des pubs pour serviettes hygiéniques ça commence à bien faire et où on montre les vergetures et la diversité des corps.
Délivre-nous du poil
C’est dans cette lignée de libération de l’intime que se situe Nos Poils, un bouquin qu’on a très envie d’offrir aux jeunes et moins jeunes filles, garçons et tout ce qu’il y a entre les deux. Une enquête intime qui récolte aussi des témoignages de personnes de cultures différentes, et prend soin de préciser qu’il n’y a pas de diktat à être poilue pour être une bonne féministe ! L’important, c’est surtout de se poser des questions et de faire ses propres choix. C’est le moment pour vous d’écrire partout, de tatouer ou de broder dans un petit cadre sur le mur de la salle de bains : “La vie est bien trop courte pour s’épiler la chatte” !