Le Maâlouf, c’est une musique savante algérienne, héritière de la culture arabo-andalouse. Complexe et génial, cet art résonne dans les murs de l’Institut du monde arabe, jusqu’à dimanche, pour la première édition du festival Andaloussiyat. En coulisse, Emma Mendicino a rencontré l’un des grands Monsieurs du genre, Salim Fergani et son oud merveilleux.
Né à Constantine en 1953, Salim Fergani s’inscrit comme l’un des plus grands musiciens contemporains dans le domaine de la musique arabo-andalouse. Héritier d’une lignée prestigieuse et témoin d’une époque marquée par la rencontre des cultures, il incarne à la fois la continuité de la tradition musicale de sa ville natale et l’ambassadeur d’un patrimoine mondial à préserver.
Un héritage musical
Salim Fergani n’est pas seulement un musicien de génie, il est avant tout l’héritier d’une longue tradition familiale et musicale. Fils de Hadj Mohamed Tahar Fergani, maître incontesté des musiques citadines constantinoises, il baigne dès son plus jeune âge dans l’univers de la musique traditionnelle. Le maître de son père, Cheikh Hamou Fergani, son grand-père, fut une figure incontournable du Hawzi, un genre musical d’une richesse inouïe, dont les racines plongent profondément dans la poésie arabo-andalouse et le gharnati. Hormis les plus célèbres, ses oncles et tantes, sa grand-mère, étaient musiciens aussi.

Au cœur de cette tradition familiale, Salim Fergani se révèle rapidement comme un prodige de l’oud. Dès 1968, il commence à accompagner son père dans ses représentations publiques, et c’est auprès des plus grands maîtres de la ville qu’il enrichit ses connaissances. Il a d’ailleurs gardé de son père une clarinette, instrument qu’il ne pratique pas, mais qu’il contemple en pensant à lui.
Une diffusion à l’internationale
Les années 70 marquent le début de la carrière de Salim Fergani en tant qu’artiste de scène. Ses concerts et enregistrements se multiplient en Algérie, et rapidement, sa renommée dépasse les frontières. L’artiste s’illustre par ses prestations remarquées dans diverses émissions télévisées, où il dévoile au grand public toute la richesse du répertoire andalou et constantinois. Sa pratique instrumentale, il essaye de la diffuser au plus grand nombre.
C’est au cours des années 90 que l’artiste devient un véritable ambassadeur de la musique arabo-andalouse à l’échelle internationale. Ses tournées à travers l’Asie, l’Europe, l’Afrique et les États-Unis lui permettent de faire découvrir au monde entier la beauté du Maâlouf, un art musical souvent ignoré du grand public, même si ce n’est pas le seul genre musical que l’homme pratique. Ses enregistrements, réalisés avec des maisons spécialisées dans les musiques du monde, sont devenus de véritables références dans le domaine, afin de l’aider à conserver l’histoire séculaire de sa musique.
Le détenteur d’un patrimoine
Aujourd’hui, Salim Fergani est reconnu comme l’un des plus grands maîtres de la musique arabo-andalouse. L’homme retient par cœur des centaines de textes traditionnels afin de les chanter sur scène ou en studio. Il ne se contente pas de préserver un répertoire ; il le fait vivre, le partage avec le monde, et l’enrichi de son propre génie. Pour découvrir le Maâlouf et les musiques arabo-andalouses de vos propres yeux (et oreilles), rendez-vous au festival Andaloussiyat, à l’Institut du monde arabe !