Aller au contenu principal

Philippe Garnier : « Je me fous du dernier DiCaprio comme de mon dernier slip » (1/2)

Traducteur de Fante ou Bukowski, l’ex-correspondant de Libération à Los Angeles signe une biographie minutieuse sur « le drame, la grandeur et les coups de gouvernail » de l’acteur-auteur Sterling Hayden.

Philippe garnier

« Je vais au cinéma par hasard et, sans être annoncé, Burt Lancaster est dans le lobby. J’écris quatre pages. Il est mort ? Il sort un film ? Non. Ça m'est arrivé, c'est tout. C'était comme des appels d'air, sortis du ronron médiatique. » De son propre aveu, les articles signés Philippe Garnier dans Libération, dont il fut le correspondant à Los Angeles de 1981 à 2008, étaient « excentriques, éclectiques, insupportablement ramenards ». On ajoutera : obsessionnels, érudits, bossés comme rarement, pour parler du meurtre « idiot, miteux, sordide » du soul singer Sam Cooke, des mémoires de Louise Brooks ou du « côté plomberie » du travail de l’écrivain Robert Littell, voire de « tel dessinateur du magazine Mad, telle strip-teaseuse, ou le mec qui s'occupait de Faulkner, Flannery O'Connor ou Malcolm Lowry dans telle maison d'édition. Le petit monde. Les arrières-cuisines. Mon turf », comme en témoigne son anthologie, L’Oreille d’un sourd (Grasset, 2011), ce « filet Garnier » qui déployait plus de soixante-dix papelards parmi les mille cinq cents piochés (aussi) dans Rock et Folk, Vogue ou Les Inrockuptibles. 

Le parrain
Sterling Hayden

« J'aime le cinéma classique hollywoodien, avec une préférence pour le muet et le western. Je me fous du dernier DiCaprio comme de mon dernier slip. » Depuis sa « libération » du quotidien du même nom où il lui arrive tout de même encore de signer (dernièrement : la nécro impec’ de Nick Tosches), ce tout nouveau septuagénaire est peut être devenu ce qu’il a toujours voulu être : « une sorte d’historien amateur ». En publiant par exemple cet automne L’Irrégulier (éditions La Rabbia), minutieuse biographie du titanesque acteur-écrivain-soldat-bâtelier-fumeur-de-weed-et-alcoolique-compulsif Sterling Hayden (1916-1986), colosse beau gosse et fort en gueule vu dans Le Parrain, Le Privé, Dr. Folamour ou Quand la ville dort. Une figure de « saint buveur », qui « entrait dans votre vie ou dans votre film comme une bourrasque », « étonnant toujours son monde par son élégance – une cravate comme ceinture, ou au cou mais avec un nœud de marin, des vestes fabuleuses, pied-de-poule, chevrons, tweed, toile de voile. Nus-pieds dans des sandales taille 50 », « qui s’acheta un wagon de chemin de fer de luxe pour y écrire ses livres », kidnappa ses propres mômes en direction de Tahiti et traversa plusieurs fois les États-Unis dans un train de marchandises, « pour le plaisir ».

Le privé

« C’était un homme d’un autre siècle, malchanceux d’avoir eu beaucoup de chance dans sa vie ; une jeunesse presque sortie d’un roman de Stevenson, une aventure incongrue à Hollywood, une guerre plus dangereuse et intense qu’on ne l’a jamais su, une seconde carrière très sérieuse et impressionnante d’écrivain, la seule dont il ait tiré fierté... » Un personnage de roman bigger than life qui sera – par la voix de celui auquel il se confessa en 1983 dans l’émission Cinéma Cinémas – le héros de ce programme. 

Une émission animée et imaginée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Programmation musicale : Michael Liot. Photos de Philippe Garnier : Thomas Soulet.

Richard et Philippe

 

La seconde partie de l’émission sera diffusée dimanche 17 novembre, à 12h.

Visuels © Le Parrain, de Francis Ford Coppola © Le Privé, de Robert Altman © Editions Grasset © Editions La Rabbia.

Nova Book Box
Emissions

Nova Book Box

par Richard GAITET
DImanche 12H00-13H00

Parler la langue des oiseaux, avec Perrine En Morceaux

Parler la langue des oiseaux, avec Perrine En Morceaux

Cette alchimiste de la pop expérimentale fait son nid sur la scène du Nouveau Théâtre de Montreuil, pour un live aérien, composé à partir de chants d’oiseaux et entremêlé de lectures où les piafs jouent un rôle essentiel.

« Carte de séjour, la brûlure. »

« Carte de séjour, la brûlure »

Brigitte Giraud signe et déclame un texte inédit sur l’épopée électrique du groupe originel de feu Rachid Taha, « sa subversion, sa vitesse et sa sensualité », enregistré à la Maison de la Poésie de Paris, en compagnie du guitariste Christophe Langlade.

Le petit Prince, pour mémoire

Le petit Prince, pour mémoire

Poussières d’étoile sur la planète pourpre : examen au télescope des mémoires inachevés du Kid de Minneapolis, « The Beautiful Ones ». Soit le récit – très bref, mais lumineux – de son enfance et de ses premiers contacts avec la musique.