Aller au contenu principal

Sigolène Vinson : « Au crépuscule, le dernier homme se sentira-t-il apaisé ? » 

Fan avouée du « Transperceneige », cette romancière et journaliste pour Charlie Hebdo scrute à la jumelle les ravages de l’industrie pétrochimique sur l’étang de Berre. 

« - Quelle est la différence entre votre organisation écologiste et des terroristes ? - Nous ne tuons pas les gens au hasard. Nous avons des cibles précises. Les politiciens véreux, qui se laissent acheter et contribuent à la destruction de la planète pour leur bénéfice personnel à court terme. Si nous terrorisons ceux-là, je veux bien être un terroriste. » Paroles d’un éco-warrior au visage dissimulé par une cagoule, au début de l’acte I du Transperceneige : extinctions (éditions Casterman), prologue en trois volumes de la célèbre saga post-apocalyptique lancée en 1982 par Jacques Lob (scénario) et Jean-Marc Rochette (dessin), ce dernier ayant su déployer, aiguiser, son art de la mise en scène et son style « assez austère, pas fun, rugueux » pour faire rouler, jusqu’à nos jours, cette métaphore express du péril environnemental mondial.

Transperceneige

 

Bref rappel des faits, si vous avez manqué le coup de sifflet initial. Dans un futur proche, les glaces d’un hiver éternel recouvrent le monde à l’agonie et les rares survivants s’entassent dans un train en mouvement perpétuel, « aux mille et un wagons », « parcourant la blanche immensité d’un bout à l’autre de la planète ». Mais que savions-nous des origines de cette catastrophe ? C’est ce que racontent aujourd’hui Rochette et Matz, dans un comic-book radical, noir chaos, brutal et entêtant. « Flinguer les chasseurs d’animaux presque éteints, cela ne change rien, c’est trop tard, affirme celui par lequel la fin de la civilisation va survenir. Il faut passer à la vitesse supérieure. La Terre est en train de crever et son assassin est identifié : l’homme. Nous voulons purger la Terre des milliards d’hommes qui l’encombrent et qu’elle ne peut plus nourrir. » 

maritima

Hasard du calendrier – ou mystère insoluble de la courbure du Temps –, mon invitée de ce soir a lu Le Transperceneige à 8 ans et continue d’observer les radiations de cette lecture nucléaire sur son imaginaire et ses convictions. Journaliste à Charlie Hebdo, Sigolène Vinson, 45 ans, a publié cet hiver un roman, Maritima (éditions de l’Observatoire), traversée inquiète des algues en putréfaction qui vivotent près des cheminées du pôle pétrochimique de l’étang de Berre, à l’ouest de Marseille. « Le dernier homme est là pour assister au crépuscule ; sous les étoiles, se faisant l’effet d’un étranger à sa propre planète, il se sent enfin apaisé. » 

 

 

(En fin d’émission, il n’en restera plus qu’un, d’ailleurs : le berger solitaire du Loup, l’autre BD signée ce mois-ci par Jean-Marc Rochette. Duel primaire entre l’homme et la nature, « perdu dans le vacarme de la tempête ».) 

 

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Benoît Thuault. Programmation musicale : Michael Liot. 

Photo © Valérie Manteau.

Nova Book Box
Emissions

Nova Book Box

par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

Scénarios pour l’an 2100 : nos futurs (2/2)

Scénarios pour l’an 2100 : nos futurs (2/2)

Conversations divinatoires sur le 21e siècle, avec les écrivains Hélène Gaudy, Charly Delwart, Olivia Rosenthal et Sylvain Prudhomme, collectées lors de la 21e édition des Correspondances de Manosque.

Scénarios pour l’an 2100 : nos futurs (1/2)

Scénarios pour l’an 2100 : nos futurs (1/2)

Conversations divinatoires sur le 21e siècle, avec Cécile Coulon, Alban Lefranc, Brigitte Giraud et Laure Limongi, collectées lors de la 21e édition des Correspondances de Manosque.

Lorenzo Mattotti : « Ne pas avoir peur de la douceur »

Lorenzo Mattotti : « Ne pas avoir peur de la douceur »

Admiré par Lou Reed, le dessinateur italien adapte au cinéma avec brio et poésie ce classique pour enfants signé Dino Buzzati, « La Fameuse invasion de la Sicile par les ours ». Grr !